La Compagnie des Bras Cassés (Episode 14)

Edit : Cet article a été initialement publié le 23 juillet 2006.

La Compagnie des Bras Cassés

Épisode 14 : Où l’on cause malédictions et conditions.

Vers l’Épisode 1…

Les compagnons se regardèrent, l’air hagard. Le vent s’était calmé. Les éclairs restaient suspendus à leur céleste perchoir. Zyauna reprit sa taille et sa couleur initiale. Un sourire mauvais étirait ses lèvres de brume purpurine. Elle jubilait intérieurement. En lançant ses imprécations, elle se libérait elle-même de l’anathème dont l’Ordre des Sylphides Pourpres l’avait frappée. Ses traits se figèrent quand Qwar, Hoops, Nœil et Resei furent secoués d’un fou rire simultané. La sorcière enragea.

— Mais bon sang ! Qu’y a-t-il de si drôle ? Allez-vous me le dire !

Le guerrier manchot tendit son unique main pour lui signifier d’attendre un instant. Quand son hilarité se fut calmée, ce qui prit un temps certain, il expliqua à Zyauna :

— C’est juste qu’on a eu peur quand vous avez parlé de malédiction et tout le tralala. On s’attendait à être vraiment damnés pour toujours. Mais si c’est juste ça, on en veut bien. Ça semble pas si terrible ! Après tout, notre souhait le plus cher, c’est d’avoir une bonne bière fraîche qui nous attendent à notre arrivée. Et comme je ne connais aucun aubergiste qui soit prêt à servir sa bibine tiède, à moins de faire disparaître toutes les tavernes de Noghaard, on ne risque pas grand chose. Et puis ces histoires de volonté, d’âme et de truc là, le raisonnement, vu qu’on nous répète assez qu’on en a pas, c’est pas ça qui va nous effrayer !

Et ils repartirent d’un rire franc, tandis que la sylphide maudite ne savait plus comment réagir. C’est alors qu’elle aperçut le bûcheron qui ne se mêlait pas à la joie de ses compagnons. Il restait le regard dans le vide, visiblement abattu.

— Et toi, là, tu ne te gausses pas de moi avec tes comparses ?

— Non. Contrairement à eux, je peux souffrir de tes mots.

— Tu possédais donc un souhait qui t’était cher. Quel était-il ? demanda Zyauna avec malice.

— Juste fonder une famille. Rencontrer une femme que j’aimerais et fonder un foyer avec elle. Et par ma faute cela n’arrivera jamais.

Habalorm ne put réprimer les larmes qui lui montait aux yeux. La sincérité de sa tristesse toucha la créature. Le regard de la sorcière s’adoucit, tout comme sa voix, désormais aussi légère qu’une brise printanière.

— Ne pleure pas. Ma malédiction était collective. Il a suffit qu’un seul d’entre vous ne puisse subir mon courroux pour que vous en soyez tous délivré.
Le visage du bûcheron s’illumina subitement.

— Au contraire de moi, ajouta-t-elle après un temps de pause.

Elle poussa un soupir à fendre l’âme, qui coupa court aux bruyants éclats de rire des Bras Cassés. Avec prudence, Nœil osa l’interroger.

— Que veux-tu dire par là ?

— J’ai été maudite par mes sœurs. Je suis condamnée à conserver cette forme brumeuse jusqu’à ce que je parvienne à maudire cinq personnes m’ayant manqué de respect. J’ai cru réussir avec vous, mais il n’en est rien. Je n’ai plus qu’à attendre plusieurs siècles avant que d’autres visiteurs ne s’égarent sur mes terres par mégarde.

— Ne pourrais-tu pas aller les chercher et les provoquer pour qu’ils t’insultent ? Ce serait plus simple que de les attendre ici, lança Nœil.

— Ce n’est pas si simple. Ma malédiction est claire ! Ces personnes doivent pénétrer de leur plein gré dans mon domaine et m’injurier sans provocation de ma part. La seule autre possibilité…

Elle leur lança un regard plein d’espoir, attendrissant.

— Oui, la pressa Qwar.

— Eh bien, il faudrait que cinq visiteurs parvenus ici de leur plein gré m’acceptent parmi eux sans contrainte. Ainsi j’aurais le droit d’essayer de me libérer de ma malédiction hors de mes terres.

Elle les gratifia d’un léger sourire enjôleur, sans trop forcer le trait. Tous cinq s’observèrent, lisant la même expression de surprise sur chaque visage. Hoops se contenta d’un haussement d’épaules avant de s’allonger sur le tapis où il s’endormit instantanément. Qwar prit la parole au nom du groupe.

— On va en parler ensemble. Tu t’éloignes un peu, s’il te plaît.

Zyauna s’éloigna, avec un déhanché se voulant aguicheur. Malheureusement, la brume rendait le résultat plutôt calamiteux. Mais il n’échappa pas pour autant au regard des hommes qui allaient peut-être décider de son destin. Elle espéra que cela jouerait en sa faveur. Les quatre compagnons encore éveillés délibérèrent pendant un temps qui parut trop long à la sylphide. Quand enfin ils parurent s’être décidés, ce fut Qwar qui se présenta une fois de plus comme porte-parole du groupe. La sorcière s’approcha.

— Nous t’acceptons parmi nous.

Il fit une pause, contemplant la gratitude qui envahissait le regard de la créature.

— Mais pas d’entourloupe. Et il faudrait que tu sois plus discrète aussi, parce que là on ne passerait pas inaperçus avec un grand nuage rouge aux formes généreuses qui nous suivrait partout. En plus, nous te demandons de faire la cuisine et notre lessive pour toute la durée de notre quête.

A l’évocation de cette dernière condition, Zyauna parut sur le point d’exploser en une furieuse tempête orageuse. Un frisson parcourut l’échine de Qwar, qui se retourna pour avoir l’avis de ses comparses. Pour toute réponse, il obtint des gestes vagues, qu’il interpréta comme il put.

— Je crois qu’on va oublier les tâches ménagères. Alors, tu topes là ?

Zyauna sembla hésiter un instant, puis elle traversa la main tendue du guerrier avec ses doigts de brume. La sylphide condensa alors sa substance jusqu’à atteindre une corpulence humainement raisonnable, et fit varier son teint pour lui donner une belle nuance carnée. Les compagnons reprirent leur route vers l’Alendiel. La sorcière maudite s’élança à leur suite en volant derrière le tapis.

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7 réflexions sur “La Compagnie des Bras Cassés (Episode 14)

  1. je recommene puisque OB fait des farces ! Pas si méchante que cela la sorcière finalement… enfin il faut voir la suite !!! A+

  2. Salut Bald !!!
    Ha moi aussi je trouvais que ça manquait d’un peu de déhanchement, hi hi hi !!!
    Enfin tu vois ce que je veux dire quoi !!!
    A la santé des Bras Cassés !!!
    Adunaphel déchaîné par la chaleur !!!

  3. Mince, mauvaise manip et commentaire parti aux oubliettes!
    Juste pour te dire, que cette partie, je l’adore et attend la suite avec impatience, (j’adore les histoires de malédiction à rompre moi!)
    Bonne soirée Baldwulf

  4. Comme tu dis, il faut voir la suite !   ;o)Je trouvais quand même que cette saga manquait de personnages féminins. C’est désormais chose faite !   ^_^

  5. Pingback: Semaine 35- La revue de Web « Agaboublog

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