L’infante souriait : premier extrait

Cet été, j’ai débuté l’écriture d’une « suite » aux aventures de Nickolah Dothiriel.

Titre provisoire : L’infante souriait. Le bonus du jour, c’est son prologue.

Prologue

La brume restait solidement accrochée aux bâtisses de Port-aux-Pendus. Ses volutes s’enroulaient autour des mâts et des vergues des navires, enserraient leurs coques dans un étau. Tous les équipages demeuraient prisonniers de l’Isle, en l’attente d’être libérés. Les prévisions n’étaient pas très optimistes. Aucune amélioration n’était attendue pour les trois prochains jours.

À la nuit tombée, le vent s’était levé et faisait tinter les nœuds des cordages contre les pièces métalliques des vaisseaux ancrés dans la baie principale.

Ça résonne comme un carillon funèbre, pensa l’homme qui se glissait en silence dans les rues menant au port.

Un sourire carnassier se dessina sur son visage balafré. Il n’avait pas à être excessivement prudent. Inutile de rechercher les ombres avec un brouillard aussi dense. Les cliquetis montant des

navires assourdiraient le moindre bruit émis involontairement par l’homme.

Un temps à mettre un assassin dehors, ricana-t-il intérieurement.

Les choses se trouvaient grandement simplifiées pour lui. Habituellement, il devait effectuer son approche en s’imposant la plus grande discrétion. Passer par les toits, avec les risques inhérents, était fréquent. Rien de tout cela aujourd’hui. Il allait pouvoir effectuer une approche directe. Ce qu’il préférait.

L’homme jubila intérieurement. Tout lui paraissait si simple subitement. Cette mission, on la lui avait confiée parce qu’il était l’un des tous meilleurs. Il n’aurait pas besoin de forcer son talent cette nuit.

Ne cède pas à la facilité.

Il se concentra davantage. Pas de droit à l’erreur. Sa proie serait isolée, sans recours possible. Ceux qui étaient censé la protéger ne le verrait même pas arriver. Et il serait déjà loin lorsqu’ils découvriraient qu’il avait frappé.

Au détour de la rue, ce serait la dernière ligne droite avant le quai où était amarrée la frégate sur laquelle il devait s’infiltrer. Une fois à son bord, il pénétrerait sans un bruit dans la cabine du capitaine. Il lui déroberait la vie durant son sommeil. Un seul coup de son poignard empoisonné serait suffisant. Inconsciemment, il porta la main à son fourreau, caressa son cuir craquelée. L’arme avait souvent servi.

L’assassin pressa le pas, il voulait en finir au plus vite. Le vent pouvait tomber et briser l’aisance de sa tâche. Comme pour le rassurer, une rafale s’engouffra dans le port, sifflant avec violence, assourdissante.

Il prit pied sur le quai, la brume se lovant tout contre ses vêtements noirs. Elle devenait si dense qu’il lui sembla qu’elle pourrait l’étouffer en resserrant à peine son étreinte. L’idée lui fit manquer un battement de cœur.

Du calme, pas de raison de t’inquiéter, se raisonna-t-il.

La sensation d’oppression était trop forte. Alors qu’une sueur froide commençait à glacer sa nuque, il prit conscience de la lourdeur de l’atmosphère autour de lui. Il suffoquait. L’homme se mit à courir, succombant à un accès irraisonné de panique. Et il comprit.

Le quai était dégagé devant lui. Pas très loin cependant. Juste une sphère où la brume ne semblait pas capable de pénétrer. Au centre, la Dalvénia, le navire où il devait commettre son forfait.

— Par les tétons de l’infante, lâcha-t-il dans un souffle.

Le dernier qu’il exhala avant qu’un carreau d’arbalète ne lui transperce la gorge. Un second se ficha dans son œil droit, un dernier en plein cœur.

L’assassin s’effondra au sol, le visage baignant dans son sang.

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