La pointe d’argent (La Compagnie noire – 6)

Nous voici arrivés au tome 6 de La Compagnie noire. Après un tome 5 qui m’avait laissé un peu perplexe quant à l’intérêt de poursuivre la lecture du cycle, vient La pointe d’argent, déjà présent dans ma bibliothèque de toute façon, qui est un spin off dans ces Annales.

En effet, il suit les personnages qui n’ont pas suivi la route de Kathovar avec Madame et Toubib. On retrouve donc avec joie Chérie, Silence et Corbeau. Le narrateur devient pour l’occasion Casier, improvisé annaliste pour l’occasion.

Au début, on se prend au jeu. Réelle nouveauté de ton (je n’avais pas trouvé très convaincant celui de Madame dans Jeux d’ombres), jeu de chassé croisé avec la bande de Toubib, tout ceci partait d’un bon sentiment. On retrouvait même Saigne-Crapaud le Chien.

Mais voilà, retour des invraisemblances déjà relevées dans Jeux d’ombres. Glen Cook ne ressort du chapeau des morts de la Bataille des Tumulus. Oui, l’épouvantail de la couverture, c’est le Boiteux, l’increvable Boiteux. Certes, on savait qu’il n’était pas vraiment mort, mais son sort était censé être réglé pour de bon. Et ce n’est pas le seul à être de retour (mais je ne vais pas spoiler). Bref, j’ai trouvé l’idée dispensable. D’autant plus qu’il revient complètement fou et qu’à part répandre le chaos sur son passage, on ne voit pas trop l’intérêt de le choisir lui plutôt que de faire intervenir un nouveau personnage avec une bonne dose de charisme.

S’en suit un insipide jeu de massacre, entrecoupé de poursuites à distance. D’autant que celle de Corbeau et Casier, à la suite de Toubib et Madame, n’a aucun enjeu pour nous lecteurs, puisque l’on sait qu’ils ne se croiseront pas (soyons honnête, c’est la faute à une édition française qui le fait paraître en tome 6 alors qu’il est sorti en VO la même année que Jeux d’ombres paru en juin, quand La pointe d’argent paraissait en septembre). Des retrouvailles sans chaleur entre rescapés des Tumulus, un quatuor de voleurs peu inspirant où le seul à sortir du lot se fait appeler Pépé le Poisson, niveau originalité et charisme, on repassera. Dommage car c’était un des seuls personnages intéressant dans ce tome vraiment bouche trou. D’ailleurs, j’ai été déçu car il est celui qui est le plus énigmatique, avec ses aptitudes hors du commun pour la discrétion et la mise en place de stratagèmes, évoquant souvent son passé sans entrer dans les détails, et en fin de compte, pas de révélation sur son identité là on aurait pensé découvrir un visage connu.

On ne frissonne à aucun moment pour les rescapés de la Compagnie que l’on suit ici. En face, l’adversité ne ressemble pas à grand chose. Et le destin final de certains personnages semblent venir pour éviter de les faire revenir plus tard et c’est bien dommage. Je ne parle même pas du décevant épilogue de cette aventure.

Je ne vais pas m’attarder plus. Mon désappointement est à la hauteur des attentes que j’avais pour cette poursuite d’un cycle dont les trois premiers tomes sont passionnants. Là, j’ai l’impression d’avoir touché le fond. La Compagnie noire risque fortement de poursuivre sa route sans moi…

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Rêves d’acier (La Compagnie noire – 5)

La Compagnie Noire et moi, c’est une histoire en demi-teinte, allant de la vénération pour le style d’un auteur, à la déception face à une reprise de cycle relativement ennuyeuse.

J’ai néanmoins poursuivi ce second cycle avec le tome 5 : Rêves d’acier. Il fait suite directement à Jeux d’ombres. Pas de parallèle avec ma propre réécriture cette fois-ci, je radoterais.

On garde donc les mêmes personnages, notamment les antagonistes sans grand relief évoqués précédemment sur le blog, et on reprend là on l’on s’était arrêté. On suit le même schéma : Compagnie Noire décimée, on remonte une armée de bric et de broc mais super motivée (au passage, c’est dingue le nombre de soldats potentiels dans cette région du monde, non ?), on ajoute une sympathique caste d’assassins qui espèrent accomplir une antique prophétie, on mais le tout dans un shaker et on regarde ce qui en ressort.

Honnêtement, j’ai quand même passé un bon moment de lecture parce que voir Madame se débrouiller seule n’est pas si inintéressant, surtout qu’elle devient narratrice d’une bonne partie du récit, sans parler de la situation de Toubib qui mérite elle aussi le détour. Après, c’est certes répétitif en terme d’intrigue, mais heureusement un poil plus dynamique que Jeux d’ombres.

Je lui ai quand même attribué un généreux 7/10 5/10 sur Livraddict.

On sent cependant un filon qui s’épuise (s’est déjà épuisé ?). Et on se dit qu’il y a encore autant de tomes derrière qui ont été écrits. Comment Glen Cook pourrait-il s’y renouveler, alors qu’il n’y est manifestement pas parvenu dans ces Livres du Sud ? Si vous avez une réponse, je suis preneur…

Je viens de finir le tome suivant d’ailleurs, chronique à venir très prochainement.

Edit : J’oubliais l’innommable « retournement » final, déjà compris 200 pages plus tôt. Mon 7/10 est d’une générosité affligeante après réflexion, je vais le descendre à 5. Faut pas nous prendre pour des imbéciles quand même.

Glen Cook, sa Compagnie et ma Larme Noires (partie 2 – Jeux d’ombres)

Deuxième article sous forme de chronique de lecture mêlée à une bafouille sur la réécriture de La Larme Noire. Hier, c’était du positif, des pistes sur ce qu’il faut que je fasse pour rendre mon premier jet éditable. Aujourd’hui, changement de ton.

Attention : spoilers inside !

Glen Cook, je l’ai encensé tout du long de mes trois retours suite à la lecture du premier arc de sa Compagnie Noire, baptisé les Livres du Nord. À la base, les aventures de Toubib et ses compagnons d’infortune devaient s’arrêter là. Mais voilà, la demande a été forte et l’annaliste de la Compagnie a repris du service avec ce Jeux d’ombres, qui ouvre les Livres du Sud.

J’ai déjà vendu la mèche, j’ai beaucoup beaucoup moins accroché sur cette première partie contant le périple de Toubib et de la poignée de rescapés de la Compagnie vers le sud, en direction de Kathovar. Retour aux sources en remontant le cours du temps au travers des villes où la Compagnie est passée au fil des siècles. Sur le papier, le propos est alléchant. Dans les faits, il l’est moins.

Déjà, la première centaine de pages n’est pas bien palpitante. Entre le trajet sans trop de heurts de la Compagnie et les passages servant à nous présenter de nouveaux personnages secondaires dont on se doute qu’ils croiseront le chemin de notre poignée de survivants, on s’ennuie quelque peu. Le pompon se révélant être la traversée de la jungle de D’loc-Aloc, censée durer deux mois, qu’on nous présente comme potentiellement pénible. Sauf qu’à la page suivante, hop deux mois d’écoulés, on est sorti. D’accord, les seuls risques réels étaient les moustiques et des femmes très entreprenantes, mais quand même, on se sent un peu lésé quand on nous parle des « milliers de kilomètres de jungle » à traverser en quatrième de couverture.

Après, ça s’active un peu. La traversée du fleuve sur la péniche fortifiée nous rassure. Et nous effraie un peu quand on découvre la nature de l’ennemi et celle de l’allié providentiel. Grand moment what the fuck quand on nous refait le coup des Asservis revenus d’entre les morts. Et ce n’est que le début comme on s’en rendra compte par la suite.

À partir de là, c’est un peu du n’importe quoi quand même. Toubib monte une armée inexpérimentée, mais parvient à rétamer des armées certes peu professionnelles, mais prêtes à aller à la guerre puisque préparant leur invasion. Les Maîtres d’Ombres qui font qui tous le monde mouille ses chausses ne représentent pas une menace si terrifiante une fois sur le terrain. Bref, déception. Le final rattrape un peu le coup, mais c’est bien maigre.

Et le pire, c’est que j’ai même trouvé que le style d’une fluidité exemplaire dans les trois premiers volumes était devenu un peu poussif par moment.

Certes, l’ensemble reste dans la moyenne des récits de fantasy (je lui ai mis 6/10 sur Livraddict), mais après le premier arc formidable, les attentes étaient énormes. J’ai quand même bien aimé les passages où Toubib joue les grands pontes tellement le décalage est savoureux.

Qu’est-ce que j’en tire pour ma Larme Noire ?

Soyez prévenus, on va enfoncer quelques portes ouvertes, mais bon ne perdons pas de vue le côté pense-bête de l’exercice.

Déjà, ne pas rendre la menace trop imprécise. Ici, il y a peu d’enjeu pour les principaux protagonistes. Leur seul motivation à s’enrôler et à monter une armée est de s’ouvrir un passage vers le sud et Kathovar. Comme si notre poignée de rescapés ne pouvait pas réussir à passer les lignes ennemies autrement après tout ce qu’ils ont accompli par le passé… Vu que Gobelin et Qu’un-Œil sont encore du voyage, ça aurait dû être suffisant. Dans mon récit, la menace n’est jamais vraiment explicite. J’avais prévu de la mettre en place d’entrée et cette dernière lecture conforte que c’est nécessaire. Un manque d’enjeux démobilise le lecteur. Et dans un feuilleton, le mot d’ordre est de tenir en haleine.

Rester cohérent avec ce que mes personnages ont pu accomplir dans des circonstances à peu de choses près similaires plus tôt dans le récit. Le point levé ci-dessus l’illustre bien. S’ils ont pu réaliser certains faits auparavant et que rien ne suggère qu’ils ne sont plus capables de le faire, pourquoi ne le font-ils pas ? Par exemple, quand mes chevaliers sont accusés de maltraiter des mendiants, pourquoi ne s’en prennent-ils pas avec davantage de violence aux détenus qu’ils sont en charge d’encadrer par la suite ? J’espère quand même ne pas trop avoir failli en la matière.

Avoir une adversité charismatique. Les Maîtres d’Ombres ne font pas trembler un seul instant. Les scènes où on les voit dans leur tour ténébreuse les rendent même à la limite du risible, à des années lumières de ce que représentaient les Asservis dans la trilogie originelle. On a l’impression de voir une caricature de Dark Evil One tant ils sont pétris de clichés. À garder à l’esprit pour La Larme Noire. Mon « grand méchant » est trop risible. Sa première scène où il est assis tout seul sur son trône en os au milieu de nulle part, en y repensant, c’est quand même un peu ridicule, va falloir sérieusement rendre ça moins caricatural.

Sûrement d’autres leçons à tirer de ce roman, mais que je m’en tienne déjà à ces trois-là (et à toutes les autres déjà évoquées précédemment) et mon texte n’en sera que meilleur.

Maintenant, je poursuis sur ma lancée avec le second tome des Livres du sud : Rêves d’acier. Pour le moment, ça me plait déjà davantage. D’autres ont été aussi déçus que moi par ces Jeux d’ombres un peu insipides ?

Glen Cook, sa Compagnie et ma Larme Noires (partie 1 – La Rose Blanche)

Ce qu’il y a de terrible quand on a l’idée d’un article et que l’on se penche dessus deux ou trois semaines après, c’est que le soufflet retombe un peu en cours de route. À plus forte raison quand l’idée en question vient de sa dernière lecture, que celle-ci fut des plus enthousiasmantes, mais que l’auteur a eu la mauvaise (?) envie d’y donner une suite.

Du coup, je vais faire deux parties, en forme de chroniques de lecture/papiers sur l’inspiration.

Donc commençons par le commencement, c’est-à-dire l’enthousiasme ahurissant qui s’est emparé de moi suite à ma lecture de La Rose Blanche, troisième volume des Annales de la Compagnie Noire, de Glen Cook. L’occasion de replonger dans l’ambiance sombre qui m’a tant accroché dans les deux premiers tomes, lus il y a quelques années.

L’histoire en elle-même, je ne vais pas la décrire, pour ne pas dévoiler ce qui se passe dans le tome précédent. Elle n’est pas follement originale d’ailleurs, malgré le retournement de situation au milieu du livre. Le décor lui, la Plaine de la Peur, vaut à lui seul le détour avec ses menhirs vivants et parlant, ses baleines volantes et ses tempêtes transmuantes. Mais c’est surtout une superbe galerie de personnages hauts en couleurs, charismatiques, que Glen Cook nous propose.

Ce qui m’a le plus marqué, c’est la redécouverte de ce style efficace, concis, direct. Une sacrée claque à vrai dire. Loin des grandes envolées lyriques et des phrases qui se changent en paragraphes, ici tout repose sur phrases et paragraphes courts. Inutile de relire un passage pour comprendre comment s’enchaînent subordonnées et incises. La fluidité est exemplaire (bravo à Alain Robert pour la traduction).

Du coup, ça donne forcément matière à réfléchir pour ma réécriture de La Larme Noire. Ou plutôt confirme la voie que je voulais suivre. Le récit actuel est alourdi par des structures complexes. Les procédés stylistiques qui m’ont éclaté lors de l’écriture ne sont pas forcément adapté à la lecture. Alors il va falloir reprendre pas mal de passage.

Cas pratique sur la version anté-2012. Je prends juste une phrase au hasard dans une scène d’action :

Agissant de concert, les deux groupes de défense démembrèrent la phalange composée vraisemblablement des meilleurs guerriers du peuple difforme avec une aisance déconcertante, leurs adversaires un peu lourdauds ne pouvant rivaliser face à leur efficacité.

C’est symptomatique de ce que je ne veux plus voir dans ce futur feuilleton. Phrase trop longue, lourde, inutilement alambiquée. La lire d’une traite revient presque à oublier son début une fois parvenu à la fin. Appliquons la leçon de Maître Cook :

Face aux défenseurs se tenait l’élite du peuple difforme. Agissant de concert, les deux groupes démembrèrent leurs adversaires. Leur aisance était déconcertante. La lourdeur et l’inexpérience des assaillants ne pesait pas lourd face à une telle efficacité.

Ok, c’est pas encore le top, mais ça donne une vague idée de ce vers quoi je veux tendre.

Autre exemple, un peu plus long, tiré du prologue.

Le jeune garçon leva les mains au ciel, traça dans l’air des signes de chaos en prononçant des incantations impies. Les cieux se chargèrent de terrifiants nuages, sombres comme les abysses des eaux d’Aear.

Les nues se déchirèrent en d’innombrables points de la voûte céleste, telles les gueules de dragons exhalant leur souffle de flammes, et une nuée d’éclairs vint se déverser sur les plaines environnantes, telle un torrent de lave éradiquant toute vie sur son passage.

Hommes et bêtes, habitations et végétation, furent submergés par la déferlante furieuse qui vint s’abattre sur eux sans la moindre déférence. Bannissant vie et non-vie, ce fleuve embrasé semblait charrier la Mort elle-même, fauchant inéluctablement tout ce qui se trouvait malencontreusement entraîné dans son cours infernal.

Lorsque la vague se fut tarie, les terres environnantes n’étaient plus qu’un gigantesque charnier, une nécropole improvisée, sépulcre de l’existence.

Mouais, on voit ce que ça donnait. Après la réécriture d’il y a un mois :

Le disciple leva les mains au ciel. Il traça dans l’air des signes complexes en prononçant des incantations. Les cieux se chargèrent de nuages sombres et terrifiants.

La voute céleste se déchira en d’innombrables points. Les gueules de dragons prêts à exhaler leur souffle semblaient s’y dessiner. Un déluge d’éclairs vint se déverser sur les plaines environnantes. Un torrent de lave éradiquant toute vie sur son passage.

Hommes et bêtes, habitations et végétation, furent submergés par la déferlante furieuse qui vint s’abattre sur eux. Bannissant toute vie, ce fleuve enflammé fauchait inéluctablement tout ce qui se trouvait entraîné dans son cours.

Lorsque la vague se fut tarie, ces terres n’étaient plus que désolation.

C’est mieux, non ?

Naturellement, mon but ne sera pas de copier le style de Glen Cook, mais de me rapprocher d’un style moins axé sur la métaphore, l’hyperbole et la comparaison grandiloquent, mais aller vers quelque chose de plus direct, plus anglo-saxon dans l’approche. Ce sera à vous de me le dire dans quelques mois, une fois que ce sera fait.

À venir, une seconde partie bien moins dithyrambique sur le quatrième tome des Annales de la Compagnie, mais toujours avec de la matière sur laquelle s’appuyer pour ma réécriture.

Le château noir (La Compagnie Noire – 2)

Huit années se sont écoulées depuis que la bataille de Charme. La Compagnie Noire est toujours au service de la Dame, mais ses membres se sentent las après toutes ces années de combats. Ils s’occupent des poches locales de résistance à la domination de la Dame.
Jusqu’au jour où elle leur demande de traverser presque tout le continent pour se rendre à Génépi, où se dresse le château noir, un édifice terrifiant qui semble croître de lui-même, jour après jour.
Génépi. Une ville étrange, très attachée à ses morts, où se terre Corbeau, plus sombre que jamais.
Toubib et ses amis de la Compagnie Noire savent que des jours difficiles s’annoncent une fois de plus…

Quel plaisir de retrouver tous ces personnages hauts en couleur que j’avais découvert avec délectation dans le premier volume de cette saga signée Glen Cook ! Toubib, Gobelin, Qu’un-Oeil, Silence, Elmo, Corbeau, et tous les autres. Personne ne manque à l’appel.
Le récit est toujours aussi peu manichéen et n’hésite pas à s’orienter vers les aspects les plus glauques de l’âme humaine. On y suit la déchéance morale de Marron Shed, un pauvre aubergiste criblée de dettes, mais aussi celle de Corbeau, prêt à tout pour protéger Chérie des griffes de la Dame.
Je me souviens d’une phrase de ce second volet des annales qui résume bien l’esprit qui anime ce cycle :

Mon Dieu, qu’il serait doux d’imaginer un monde où les problèmes éthiques se régleraient comme sur un jeu de plateau, avec des pions noirs contre des pions blancs, des règles bien établies, et pas la moindre nuance de gris.

Ici, le Bien et le Mal ne sont que notions réduites à la subjectivité de chacun. Ce monde n’est qu’en nuances de gris justement. Nul n’est fondamentalement "gentil" ou "méchant", mais bien un peu des deux selon ce qu’exige les circonstances. Des personnages profondément humains en somme.
J’ai beaucoup aimé ce deuxième tome, notamment l’alternance de points de vue du début du roman, qui finissent par fusionner au bout des deux tiers du récit. Tour à tour, on passe d’une focalisation interne quand Toubib raconte ce qu’il vit à une focalisation externe quand on suit Corbeau et Shed.

C’est donc une fois de plus un excellent roman de dark fantasy que je conseillerais à tous ceux qui sont un peu blasés par les récits épiques à base d’elfes infaillibles et beaux comme des dieux, de nains bougons et  ivrognes, d’orques hideux, stupides et méchants, et de héros à l’âme toute lisse, avec leur superbe chevelure gominée ! (mais continuez quand même à lire L’éclat de Miriel Ithil !  ^__^  )

La Compagnie Noire

    C’est l’histoire d’une compagnie de mercenaires, dont les annales conservent la mémoire depuis des siècles. La Compagnie combat pour le plus offrant et a acquis une certaine renommée.
    Seulement, sans le savoir (mais ils l’apprennent très vite…), elle s’engage au service de la Dame, la créature la plus maléfique en éveil dans ce monde. La campagne à laquelle participe les mercenaires consiste à éradiquer les rebelles, beaucoup plus nombreux, qui remettent en cause la domination de la Dame…

    Ici on est plein dans la Dark Fantasy, avec un récit à la première personne narré par Toubib, médecin et annaliste de la Compagnie. Le point de vue est donc, une fois n’est pas coutume, celui des "méchants". En effet, ici il n’y a ni bien, ni mal, c’est celui qui conte l’histoire qui va décréter quel est le camp qui est dans son bon drit, comme se plait à le répéter Toubib tout au long du roman.
    Ici pas de manichéisme… Et Toubib, avec ses états d’âme persistants, est un personnage d’une grande profondeur.
    L’histoire en elle-même est simplissime. Pas vraiment d’intrigue à tiroirs, des rébondissements auquel on s’attend…
    Pourtant il y a quelque chose dans ce livre…. Du cynisme (beaucoup), de l’humour (souvent, je me suis régalé en lisant certains passages…), et surtout une galerie de portraits tous plus taillés à la serpe les uns que les autres. Des personnages qui sont des vrais "gueules". La Capitaine, Corbeau, Qu’un-Oeil, Gobelin, Silence, Elmo, et tous les autres membres de cette grande famille qu’est la Compagnie Noire, anonyme ou presque, qui font une brêve apparition, chacun avec leur trait particulier.
    Autre particularité du roman, le fait d’être en présence du point de vue d’un non-combattant. Du coup, mis à part la bataille finale, aucun des combats de la Compagnie n’est livré en détail. Quelques lignes pour expliquer le déroulement général. C’est tout. Et cela fait beaucoup de bien !!! La psychologie prime ainsi sur l’action.
    La magie est présente, le pouvoir des sorciers étant assez impressionannt. Cependant, et cela est encore très rafraîchissant, le pouvoir magique n’est pas ici synonyme d’immortalité, et les puissants tombent eux-aussi au combat. Quelques manigances, le jeu du pouvoir sont d’autres ingrédients du roman.

    Au final, une lecture qui m’a franchement enthousiasmé, et je suis heureux de savoir qu’il y a encore une dizaine de volumes qui existent en français (et je ne sais combien en anglais…).

    Pour ma prochaine lecture, changement d’ambiance avec Space Opera de Jack Vance, un roman de SF présenté comme "un petit bijou de space opera humoristique" en quatrième de couverture. Un programme alléchant. Et c’est Vance, alors peu de chance d’être déçu !!! Chronique prochainement…

 

La Compagnie noire

Je trouvais qu’arriver sur ces terres en rencontrant Folies était un peu glauque… Alors voilà pour égayer l’arrivée du voyageur égaré une petite citation tirée de la Compagnie noire, que je lis actuellement.
Il s’agit de l’histoire d’une compagnie de mercenaires qui se met sans le savoir au service de forces maléfiques (mais on l’apprend très vite, tout comme eux)… Tout est conté par un des personnages, Toubib.
J’aime beaucoup le cynisme de ce passage…

Il n’y a pas de méchants qui se proclament tels, seulement des régiments de soi-disant saints. Les historiographes des vainqueurs décident de quel côté sont le bien et le mal.
Nous, nous rejetons les étiquettes. Nous combattons pour l’argent et une vague fierté. La politique, l’éthique et la morale n’ont rien à voir dans l’affaire.