Vision d’Égypte

Edit : Ce texte a été initialement mis en ligne le 25 novembre 2005.

L’astre solaire se levait à nouveau dans les cieux de la glorieuse Mìsr. La barque céleste de Rê n’avait pas stoppé face à Apopis, force serpentine du chaos primordial. Le jour, de nouveau, était vainqueur sur la nuit et son cortège maléfique d’ombres et de spectres jaillis des souvenirs indélébiles des humains. Les silhouettes des pyramides commençaient à se dessiner sur le sable, tandis que leurs faces de calcaire immaculé diffusaient les feux diurnes du Soleil, telles des prismes cyclopéens disposés en ces terres par Nout pour guider la barque portant sa progéniture pendant tout le jour. Au ponant, elle avalerait les astres pour les réenfanter au levant. Jamais elle ne laisserait le dragon nocturne anéantir le fruit de sa victoire face à la malédiction que lui avait lancée son père. Condamnée à la stérilité, elle avait vaincu Thot aux dés, cinq jours durant, cinq jours qui vinrent s’ajouter aux trois cent soixante qui formaient une année. Elle mit à profit ces cinq jours pour contrecarrer la volonté de Chou, son père, et enfanta cinq fois, cinq enfants, dont Rê le Solaire.

Le Sphinx, léonin et majestueux, scrutait de ses yeux de pierre l’horizon, guettant l’envahisseur venu du lointain, venu profaner la demeure d’éternité de son maître. Il était à jamais le gardien de Guizèh, sentinelle chimérique au sourire énigmatique. Les créatures de l’au-delà le harcelaient sans cesse, mais il repoussait perpétuellement leurs assauts, fidèle à sa promesse inscrite dans l’airain.

La barque solaire suit le cours du Nil, éclairant de sa lumière bienfaitrice une nature fertile qui explose à son contact. Bénie du toucher divin, elle se laisse redevenir pour quelques instants la reine de ce monde. Tout n’est plus qu’une éblouissante symphonie de couleurs, de parfums et de chants d’ibis autour des berges florissantes et lumineuses du fleuve au limon vital. On le dit venir du pays des fantômes et des âmes, mais à cet instant il semble s’écouler des royaumes divins en cascades de lumière et d’éternité.

Au loin, Khnoum, créateur de l’univers, des Dieux et des hommes, laisse son regard errer vers les cieux, oubliant temporairement son rôle de gardien des sources du fleuve divin.

Vision d’Egypte
Baldwulf
Le 8 août 1999

 

Un vieux texte que je ressors de mes archives, intitulé à l’origine Terra Aegytiaca. Je voulais à l’époque en faire une nouvelle, mais ne sachant pas trop quoi raconter après cette entame de récit, je l’avais abandonné dans un coin. Et puis je l’ai retrouvé, relu et plutôt bien apprécié, et je trouve que ces quelques lignes se suffisent à elle-même finalement, dans le cadre de ces impromptus…
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