Delag Onak

Edit : Ce texte a été intialement mis en ligne le 14 décembre 2006. Il n’a jamais atteint son destinataire. Tant pis pour lui ! Je pense que je le recyclerai en un « Au Comptoir du Coupe-Jarrets » si un jour je décide de compiler les Bras Cassés, il est parfaitement dans l’esprit.

Voici le texte que je propose pour le concours de Mille-Visages sur les fantômes. Le blog de ce dernier n’ayant pas connu de mise à jour depuis un bon mois, et ne parvenant pas à le joindre pour savoir comment lui transmettre cette courte nouvelle, je la mets en ligne dans les Chroniques pour le moment, et la lui transmettrai dès qu’il sera de nouveau disponible.

Delag Onak

Vrourk, Grink et Prak s’étaient enfin décidés. Aujourd’hui, ils braveraient le Grand Interdit. Ils prirent une grande inspiration et s’engagèrent dans l’allée principale du village.

— Où allez-vous les enfants ? grogna une voix gutturale.

— On va se promener dans le bois Tante Ralg, répondit Grink.

— Ne vous éloignez pas trop alors ! Et soyez de retour pour le dîner. Votre Oncle Baurk a chassé ce matin, et je vais préparer un succulent civet d’humains. Alors tâchez d’être à l’heure !

— Oui, Tante Ralg, lancèrent les trois frères avant de s’élancer en courant vers la forêt.

Aucun enfant orque du village n’ignorait les légendes que contaient les Anciens lors des veillées. Celles qui touchaient au Bois de Vlak étaient les plus effrayantes. Le sage Golg’Rak répétait souvent ses mises en garde. La plupart des rejetons du Clan craignaient les horreurs qui se terraient dans l’ombre des arbres. Et plus encore, les histoires des vénérables ancêtres désignaient un lieu comme le plus horrible qui soit. Delag Onak, le château du vieux clan Mak’Orkod, dont les ruines reposaient en paix au coeur de la forêt. C’était là que les triplés se rendaient.

L’après-midi était bien avancé. Les rayons solaires demeuraient encore lumineux et transmettaient une certaine chaleur au Bois de Vlak. Vrourk et ses deux frères pénétrèrent avec entrain dans la sylve, rassurés en voyant que les ombres restaient en retrait du sentier. Rien ne semblait pouvoir les empêcher d’atteindre leur but.

Ils chantaient en cours de route, beuglant les paroles de Il était un petit vampire ou Il mordait une bergère à tue-tête. Ils jouaient à saute-dragons le long du chemin. Tout à leur amusement, ils ne virent pas la nuit tomber.

Les ombres devinrent plus épaisses, plus menaçantes, n’hésitant pas à venir s’emmêler dans leurs cheveux gras et épars. La lumière de la pleine lune perçait à peine au travers des feuillages. Grink commença à claquer des crocs. Le froid prenait vite possession des ténèbres. La peur s’insinuait dans l’esprit des jeunes orques.

Le sentier fit un dernier détour, et ils pénétrèrent dans la gigantesque clairière qui s’ouvrait autour de Delag Onak. Les ruines les toisaient, comme une mandibule de pierres prête à les engloutir. Une forte rafale de vent s’engouffra dans leur dos. Une branche sembla les pousser dans l’espace dégagé et le jeu de la bourrasque dans les feuilles fut comme un rire moqueur.

Prak se retourna pour se précipiter vers le village, mais la forêt s’était refermée sur leur passage. Il n’y avait plus trace du chemin par lequel ils étaient arrivés. De grands yeux globuleux et injectés de sève brune s’ouvrirent sur le tronc d’arbre, face à lui. En hurlant, le petit orque se précipita dans la direction opposée, ses deux frères lui emboîtant le pas. Ils se réfugièrent dans le château hanté sans même en prendre conscience. Soulagé d’avoir échappé à la menace des arbres vivants, Vrourk s’appuya contre le mur, un peu trop violemment. Une pierre se délogea, en entraînant une autre dans sa chute, puis une autre. Tout un pan de la paroi s’effondra ainsi, dans un vacarme assourdissant.

Qui vient donc m’éveiller de mon sommeil éternel ? tonna une voix gutturale.

Les trois enfants orques poussèrent à l’unisson un cri d’effroi alors que se matérialisait devant eux une silhouette de forte carrure, translucide. L’être immatériel avait une peau verdâtre, des cheveux noirs qui retombaient sur sa cape brune en une longue queue, un regard profond sous ses arcades sourcilières proéminentes. Il sortit de sous sa pèlerine un long cimeterre, venu d’on ne sait trop où.

Je suis Dunk Mak’Orkod, du clan Mak’Orkod. Qui êtes-vous pour venir ainsi me défier sur la terre de mes ancêtres ?

Prak, Grink et Vrourk tremblèrent de tous leurs membres, leurs dents jouant des castagnettes. Le guerrier posa un regard soudain attendri sur les enfants.

Seriez-vous des descendants de ma descendance ? Des Fils du Clan ?

Les frères acquiescèrent de concert, avec vigueur. Le fantôme lâcha son épée à terre et s’assit sur le sol, les jambes croisées.

Ma malédiction se lève enfin alors. Que l’un de vous monte à l’étage et prenne l’épée de pierre aux pieds de la statue.

Grink s’élança vers les escaliers et les monta en vitesse.

─ C’est trop lourd ! cria-t-il à l’intention de ses frères.

Les deux autres enfants orques se précipitèrent alors pour l’aider à porter l’arme, qui pesait en effet un bon poids. En titubant, ils revinrent auprès de Dunk Mak’Orkod.

─ On fait quoi maintenant ? demanda Vrourk.

Vous devez me trancher la tête, pour libérer mon Kik Ning. Seul un enfant du Clan peut le faire. Alors mon âme sera délivrée du maléfice.

En s’y reprenant à plusieurs fois, les trois frères parvinrent à accomplir la volonté du guerrier fantôme. Le spectre se dissipa en filets de brume verte, avec un grand éclat de rire soulagé.

Avec l’impression d’avoir accompli un haut fait, les petits orques retournèrent au village. La forêt ne chercha pas à les ennuyer, elle semblait soupirer d’aise. Certes les garnements se firent gronder par leur tante Ralg, furent privés de cervelle en gelée pour le dessert, mais depuis ce jour, nul ne parla plus des ruines de Delag Onak, qui finirent par être avalées par le Bois de Vlak.

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3 réflexions sur “Delag Onak

  1. Moi aussi j’aurais aimé développer tout ça un peu plus… Mais la limite à 4 000 caractères (même si je l’ai bien dépassée) est très restrictive.

  2. Dommage pour la contrainte du nombre de mots, ça donne envie d’en lire encore plus 🙂 Ces orques sont sympathiques, mais quand même, du civet d’humains… :S Très bien écrit, léger et agréable à lire en tout cas! 🙂

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