Le montreur de bêtes (Partie 1)

Edit : Ce texte a été initialement mis en ligne le 9 octobre 2006.

Un jour d’automne, ensoleillé par un astre aux doux rayons, vint à moi un homme portant la sombre mise du deuil. Il avait le nez long et les yeux légèrement en amande, les lèvres pincés et les joues creuses. Son menton proéminent devançait toute sa personne, toute en os et peau parcheminée. Le fardeau des âges le faisait ployer.

L’homme s’approcha de moi, le dos courbé par la peine et la timidité. Il leva un regard fuyant vers moi, avant de baisser la tête et de marmonner pour lui-même. Il semblait vouloir se donner quelque contenance. Par respect pour cet homme, je ne le poussais pas à me livrer céans la raison de sa visite. Je patientais donc en attendant qu’il s’adresse à moi.

Ce qu’il fit au bout de quelque temps, non sans avoir dégluti et toussoté à maintes reprises. Lorsque enfin sa voix éraillée me fut destinée, elle s’exprima en ces termes :

« Je suis venu vous voir pour conter mon histoire. Mon nom n’a que trop peu d’intérêt. Seule votre sagesse revêt de l’importance. Il vous suffit de savoir que je fus durant de longues années le forgeron de mon village. Ma vie était prospère et heureuse, la Providence m’ayant accordé la joie de connaître une douce femme qui m’offrit deux fils de solide constitution. L’un d’eux devint chasseur, l’autre, Gardien Sacré de l’Orbe Rouge. De cela, je ne puis qu’être fier.

« Quand nos fils eurent quitté notre opulente demeure, mon épouse et moi filèrent une vie tout aussi heureuse. Jusqu’à ce jour où les feuilles des arbres commencèrent à roussir.

« En ce jour maudit entre tous, un montreur de bêtes vint jouer les saltimbanques dans notre paisible village. Il se dandinait dans les rues, jouant d’un curieux flûtiau à six tubes, son étrange pelisse à franges écarlates tourbillonnant en cadence. Une meute de loups gris, tachetés de noir et de brun, l’entourait, semblant danser autour de l’homme. Des fouines et des furets se glissaient entre leurs pas, grimpait et courraient sur leurs dos. Un ours au pelage fauve fermait la marche, imitant de façon grotesque la danse de son maître. Les villageois étaient étonnés, subjugués, terrifiés par ce spectacle, mais nul ne demeurait impassible.

« Mon épouse faisait partie de ceux qui étaient littéralement hypnotisés par les danses et le chant de la flûte. Pendant un court moment, je détournais mon regard pour observer un voisin dont le visage portait le masque de la plus intense horreur. Je vis toute couleur quitter ses traits, ses cheveux dépérir et virer à un ton crayeux des plus effrayant. Il tourna de l’œil et s’effondra au sol. Plusieurs autres hommes firent de même. L’instant d’après, je me tournais vers mon épouse pour lui confier la vision que je venais d’avoir. Je me rendis compte qu’elle n’était plus là. En fait, je prenais conscience avec effroi que toutes les femmes du village semblaient avoir disparu. De même que le montreur de bêtes. Une angoisse irrépressible m’envahit. Je crois qu’à cet instant je sombrai.

À suivre…

Le montreur de bêtes – Partie 1
Par Baldwulf
Le 2 octobre 2006

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3 réflexions sur “Le montreur de bêtes (Partie 1)

  1. merci pour ta charmante visite sir Baldwulf!
    le plaisir d’autant plus partagé qu’en stoppant mon précédent blog je prends du temps à retrouver tout ce joli petit monde que j’affectionne tant faute d’avoir noté les adresses en tout cas bien content que tu sois passé encore merci:)
    très bonne jourée à toi
    porte toi bien
    Lolo

  2. Pingback: Le montreur de bêtes (Partie 2) « Les Chroniques de Noghaard

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