La Compagnie des Bras Cassés (Episode 11)

Edit : Cet article a été initialement publié le 8 mai 2006.

La Compagnie des Bras Cassés

Épisode 11 : Où l’on affronte beaucoup trop de démons pour nos héros…

Vers l’Épisode 1…

Ils pénétrèrent, nerveux, dans la pièce souterraine. Des lichens phosphorescents dispensaient un éclairage suffisant, mais d’une couleur étrange, entre le brun et l’azur. Une atroce puanteur régnait, relents de putréfaction, d’excréments et de poisson pas frais. Les cinq compagnons suffoquaient, nauséeux. Un bruit terrifiant résonnait dans la cavité, faisant trembler le sol et les parois, martelant les tempes. Un grondement d’une puissance surhumaine.

Par terre reposait une immense masse spongieuse et fangeuse, sorte de dragon bipède à tête de bigorneau. La créature était étendue, roulée sur elle-même, son corps obèse se soulevant à un rythme régulier.

— Mon frère, dans toute sa splendeur ! lança Gnagnatotep en guise de présentation. Ce fainéant passe sa vie à dormir, prétendant tout le temps que les astres ne lui sont pas encore propices. En fait, c’est juste le pire paresseux de toutes les dimensions. Il utilise des prophéties débiles pour justifier son droit à sommeiller au lieu de se comporter comme un démon digne de ce nom ! La honte de notre famille… Écoutez-le ronfler comme une vieille truie !

Et en effet, on ne pouvait qu’entendre le vrombissement tonitruant de la créature endormie. Hoops remarqua alors l’objet de leur quête dans ces souterrains. La tête de mollusque de Keuteylhay reposait sur le tapis volant dont Halkadim leur avait parlé. Nœil regardait son ami, mais ne comprit pas assez vite ce qu’il entreprenait. Avant que quiconque ait pu réagir, le voleur se tenait à côté de la tête plus grosse que lui, et tirait d’un coup sec sur le tapis pour l’en déloger.

Le crâne du démon cogna contre le sol, et ses paupières s’ouvrirent. Les yeux étaient énormes, bouffis de sommeil, mais brûlant de rage. Hoops s’éloigna à quatre pattes pour rejoindre ses compagnons, poussant le tapis volant devant lui, tandis que la créature se redressait, haute comme dix hommes. Sa voix tonna dans toute l’étendue des cavernes du grand chêne.

— QUI OSE ME TIRER DE MON SOMMEIL ÉTERNEL ! J’ESPÈRE QUE LE COUPABLE A UNE BONNE RAISON !

Gnagnatotep se fit toute petite, connaissant bien la violence de son frère quand il était éveillé ainsi. Les cinq hommes, quant à eux, firent preuve d’un élan de lucidité incroyable en prenant leurs jambes à leur cou et en s’enfuyant par la galerie la plus proche. La dernière chose qu’ils entendirent avant de quitter la salle fut le hurlement du démon qui enjoignait sa sœur à se lancer à leur poursuite.

Ils courraient aussi vite qu’ils le pouvaient, c’est-à-dire presque au pas, tâtonnant dans l’obscurité. Derrière eux, une lueur verdâtre qui approchait dangereusement à chaque instant. Hoops tenait fermement le tapis, en essayant tant bien que mal de le retenir au sol. Le voleur avançait par bonds, se cognant fréquemment aux parois rocheuses. Une soudaine lumière, relativement vive, s’échappa des mains de Resei. Le magicien muet avait récupéré une belle touffe de lichens. Cet éclairage révélé, il fit quelques gestes en direction du voleur pour lui expliquer qu’il suffisait de donner un ordre à un tapis volant pour qu’il s’exécute.

Hoops réfléchit. Le seul ordre qu’il trouva fut :

— Couché le tapis !

Ce qui fonctionna à merveille.

Maintenant qu’ils étaient libérés de leurs deux entraves ─ l’obscurité et le voleur volant ─ ils purent repartir à un vrai rythme de course effrénée, plus en accord avec l’urgence de la situation.

Ils firent des tours et des détours dans les galeries, sans trop savoir où ils allaient. Tournant sans fin, ils finirent par rencontrer l’Indicible. Une étrange créature se dressait face à eux, semblant les attendre dans une des salles souterraines. Comme une flaque vivante, composée d’ombres et d’ébène liquide. Des étincelles parcouraient ses formes mouvantes, improbables étoiles sur ce corps fluide et solide en même temps. Ils tremblèrent, sans savoir que face à eux se tenait Ghlmkljiruedznyufugysufndgyuhfng, la Chose qui Devrait porter un Nom mais qu’On ne peut Nommer car Il est Imprononçable.

L’Horreur se jeta sur eux. Ils prirent de nouveau la fuite. La flaque ténébreuse les poursuivait bien plus vite que Gnagnatotep l’avait fait. Ils ne parvenaient pas à la semer. Ils se pressaient, mais fatiguaient déjà. Et comme un malheur arrive rarement seul, ils arrivèrent dans la pièce d’où ils venaient. Nez à tentacules avec Keuteylhay.

— PEUT-ÊTRE ALLEZ-VOUS ENFIN ME RÉPONDRE ? POURQUOI M’AVOIR RÉVEILLÉ ?

La situation n’aurait pu être plus critique. Un démon enragé en face d’eux, une créature innommable qui étalait son fluide sur les parois de la salle, Gnagnatotep qui débouchait d’une galerie, menaçante. Et personne pour leur venir en secours. Ils se préparèrent à endurer leur pire supplice depuis la dernière fête des orties, et le Grand Bain Urticant…

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11 réflexions sur “La Compagnie des Bras Cassés (Episode 11)

  1. Mais que va-t-il se passer… ? Chuis sûre que l’un d’entre eux va dire tout simplement ce qu’il était venu chercher, et que ça se terminera par un catch dans la boue entre le démon Keutheylay et l’autre truc au nom imprononçable xD

    C’est ça ? C’est ça ? J’ai raison ?? 😀

  2. Ha bon il y a des dragons à tête de bigorneau, ça existe ça???
    Enfin je sens que ça va se finir en bouillabaisse tout ça, hé hé hé!!!
    Bonne journée l’ami Baldwulf!!! Adunaphel

  3. Un dragon à tête de bigomeau(j’avais lu bigorneau dans un premier temps lol)…drole de créature
    Je n’aimerai pas la rencontrer…comme aucune des créature de cet endroit ^o^

    Biz et pardon pour le retard!!!

    sugi la fourmiz

  4. Très belle tête de bigorneau, y’a pas à dire 🙂 Je me suis demandée si l’un d’eux allait se vautrer dans la flaque ténébreuse, mais ils ont été très pro finalement, jusqu’à revenir à leur point de départ, bien sûr !

  5. Savoureux ce passage, j’ai bien aimé hé, hé sauf le « une immense masse spongieuse et fangeuse, sorte de dragon bipède à tête de bigorneau » c’est pas très sympa pour mes compatriotes ça!
    Un régal ton truc!
    Bonne soirée et à plus… (la suite quand tu veux hein?)

  6. La suite est en cours d’écriture à l’heure où je te parle ! Mais je risque de la finir demain… Donc mise en ligne demain ou mercredi !   ^_^

  7. Pingback: Semaine 32- La revue de Web « Agaboublog

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