La quête d’Heldéric

Edit : Ce texte a été initialement mis en ligne le 29 mai 2007.

Une antique légende contait comment la cité de Brania était tombée, victime de la folie des géants. Le peuple du jeune Heldéric ne comprenait pas le comportement de ces étranges créatures qui ne pensaient qu’à la destruction et à la mort. Beaucoup d’ancêtres de l’apprenti guerrier avaient été dévorés par ces ogres. Pourtant la légende évoquait l’existence d’un ultime vestige de la glorieuse Brania. Une pierre abandonnée au coeur de la forêt. Le peuple d’Héldéric la cherchait depuis des siècles, sans succès. Nul ne savait quelle vertu possédait cette roche, mais tous la voulait. Les géants eux-mêmes aimeraient la récupérer, tous en étaient certains, et cela ne devait pas arriver.

A la venue du printemps, un des guerriers du peuple était désigné pour entreprendre la quête du Saint Vestige de Brania. Et ce fut Heldéric qui fut désigné cette fois-ci, à la grande surprise de tous. Mais lui prenait tout ceci très au sérieux, malgré son jeune âge.

Heldéric se préparait du mieux qu’il pouvait. L’angoisse lui étreignait les entrailles. Déjà deux de ses frères étaient morts en tentant d’accomplir cette quête. Rosimond et Néréus n’avaient pu vaincre les démons rugissants et flamboyants qui hantaient le chemin vers l’Autre Bord. En mémoire du courage de ses frères, il se devait de réussir.

Le jour vint où il dut partir à la recherche du Saint Vestige. Sa mission revêtait une importance toute particulière cette année-là car Heldéric était le dernier guerrier de sa classe d’âge, et donc vraisemblablement le dernier à se lancer dans l’exploration de la forêt de l’Autre Bord.

Armé de son seul courage, il s’élança au travers de la plaine où vivaient les rescapés de son peuple. Le jeune brave ne se retourna pas pour voir et écouter leurs encouragements. Il courut aussi vite que son corps le lui permettait. Il ne voulait pas penser aux dangers qui le guettaient. Il arriverait bien assez tôt au Passage Sombre, le royaume des géants et de leurs démons.

Quand la nuit commença à tomber, il se réfugia à l’abri d’un arbuste, espérant que nul ne le remarquerait dans l’obscurité. Il dormit peu, le moindre bruit l’éveillant. Ses sens restaient aux aguets, l’intuition d’une menace proche résonnant dans son subconscient. Quand l’aube vint, Heldéric n’avait pas connu de repos. Il reprit sa course, sachant qu’il serait au bord du Passage Sombre avant la mi-journée.

Plusieurs heures passèrent, égrenées par les rares pauses que le guerrier s’accordait, pour récupérer quelque peu. Alors qu’il approchait du lieu tant redouté, il entendit les premiers rugissements des démons. L’anxiété prit place en son corps, au creux de son estomac. Mais il lui fallait continuer. Les grondements enflaient, la terre vibrait de plus en plus fort, à mesure qu’il s’avançait vers le terrible obstacle qui se déroulait entre lui et la forêt de l’Autre Bord. Quelques instants plus tard, il se tenait sur la rive de ce fleuve d’obscurité. Les démons se succédaient, faisant trembler le sol. Il se plaqua contre l’herbe qui s’était maintenue auprès de ce lieu maudit. Il attendit que les créatures malveillantes se soient éloignées. La vitesse à laquelle elles passaient était effrayante. Quand il se fut assuré que la voie était libre, il s’élança sur le Passage Sombre, ses pieds se brûlant au contact de la surface ardente.

La terre trembla de nouveau, avec violence. Un hurlement retentit, une silhouette embrasée fondit sur lui. Il essaya d’accélérer sa course, mais il comprit qu’il avait fait trop d’efforts pour parvenir jusqu’ici. Le démon le terrassa sans qu’il y ait de lutte. Heldéric périt sur le coup, et avec lui le dernier espoir de son peuple. Il n’eut pas le temps d’adresser une pensée à ses frères, pour s’excuser de son échec.

* * *

Marcus rentrait chez lui après une épuisante journée de travail. Comme souvent quand il quittait son entreprise aussi éreinté, il dépassait allégrement les limites de vitesse, pensant gagner un hypothétique temps pour rejoindre son domicile plus tôt. Quand il vit une petite boule de poils s’extraire des herbes pour s’élancer sur la route, il n’eut même pas le temps d’imaginer freiner. La gomme de ses pneus mordit dans la chair tendre du lapin, avec voracité.

Marcus poursuivit sa route sans la moindre pensée pour le petit être qu’il venait d’assassiner, sans le moindre remord. Sans aucune culpabilité. Et dans l’ignorance qu’il venait de condamner tout un peuple à une extinction prochaine.

Les géants gagnaient encore un peu de terrain.

La quête d’Heldéric
par Baldwulf
Le 29 mai 2007

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