La Compagnie des Bras Cassés (Episode 9)

Edit : Cet article a été initialement publié le 25 février 2006.

La Compagnie des Bras Cassés

Épisode 9 : Où l’ami baladin se montre très taquin

Vers l’Épisode 1…

Guidés par les conseils de l’oiseau, tous cinq s’enfoncèrent dans les bois. Habalorm prit la tête du groupe, encore un peu hilare. Après une marche de quelques poignées de minutes, ils parvinrent à une clairière, vide, ce qui dégrisa le bûcheron. Il laissa sa colère éclater, excédé par ce contretemps supplémentaire.

— Cette satanée boule de plumes ailée m’avait pourtant dit que le baladin vivait dans cette clairière.

— Nul besoin d’avoir hurlé ainsi Seigneur Ours ! répondit joyeusement une voix en hauteur.

Une corde de lianes tressées se déroula depuis les frondaisons. Un petit homme vêtu d’un simple pagne et coiffé d’un turban tous deux couleur indigo la descendit. Son corps malingre à la peau hâlé toucha le sol, et les cinq compagnons de route eurent la surprise pendant une poignée de secondes de revoir l’homme en train de glisser le long de la liane, avant qu’ils ne le retrouvent subitement à leurs côtés. Qwar sursauta de surprise quand il lui tendit la main.

— Bon hier ! Je me nommai Halkadim, pour vous servir. Pourquoi serez-vous ici ?

— Euh bon hier à toi aussi… répondit Nœil en hésitant. Je ne suis pas sûr de tout comprendre dans ce que vous me dites. Pourriez-vous répéter ?

— Pourquoi serez-vous ici ? Je penserai que vous voudrez m’avoir posé des questions.

— Mais c’est quoi ce charabia ? grommela Qwar. Je comprends rien. Il peut pas parler comme tout le monde l’enturbanné ?

Le guerrier crut soudain devenir fou. Il était seul dans la clairière. Il vit ses trois amis et le bûcheron qui entraient dans la tonsure forestière. Il n’y avait plus trace du petit homme. Hoops apostropha son camarade de mésaventures, lui faisant remarquer qu’il aurait pu les attendre. Le manchot n’eut pas le temps de répondre. Il se retrouvait de nouveau en plein milieu de la discussion. Il était troublé car la nuit commençait à tomber, alors qu’ils avaient pénétré dans la clairière en début d’après-midi. L’instant suivant,tout rentrait dans l’ordre.

— C’est quoi ce bordel ! s’emporta le guerrier. Qu’est-ce qui se passe ici ? J’en ai marre de tous ces trucs bizarres qui n’arrêtent pas depuis qu’on est arrivés !

— Du calme Seigneur, répondit posément Halkadim. Tu devais prendre repos avant d’être reparti. Tes amis me demanderont comment faire pour s’être déplacé plus vite. Et je leur expliquerai.

En voyant Qwar virer à l’écarlate, la bouche écumante de rage, le petit homme ajouta, sans se départir de sa tranquillité :

— Oh ! Je ne vous aurai pas prévenu. Je serai un mage temporaliste. Pour moi, le temps ne s’écoula pas de la même façon que pour vous. Il m’avait fallu de longues années pour comprendre la différence. Il n’existait pas de présent pour ceux de mon école. Nous vivrons toujours dans ce que vous appeliez le passé ou le futur. Deux notions qui ne signifieront rien à nos yeux, mais qu’il sera indispensable de connaître pour avoir interagi avec vous. Et n’ayez pas été surpris si le temps paraîtra s’être écoulé dans le désordre. Ce sera un des soucis majeurs des mages de notre tradition.

— Et comment on fait pour aller plus vite alors ? demanda Qwar, excédé.

De nouveau, un basculement temporel se fit. Cette fois-ci tous en furent réellement affectés. La nuit était solidement installée. Des bruits effrayants montaient parmi les arbres sur les bordures de la clairière. Des plaintes torturées se mêlaient au bruissement des feuilles. Pourtant il n’y avait pas un souffle de vent. Les troncs semblaient approcher petit à petit, comme si la forêt se refermait sur eux, lentement mais sûrement. La panique les gagnait à mesure que l’étau se refermait. Sauf Halkadim, qui souriait comme un enfant pendant les fêtes de la moisson. Il claqua des doigts en faisant un clin d’œil, et tout rentra dans l’ordre.

— J’étais désolé. Quand on se sera énervé autour de moi, ça me stressait et je ferai n’importe quoi. Je lançais un sort qui permettait de m’être mieux fait comprendre de vous. Vous patientiez, s’il vous plaira.

L’homme se mit à danser curieusement en prononçant des mots dans une langue gutturale, terriblement dissonante. Quand il s’arrêta, une lueur malicieuse brillait dans son regard.

— Trêve de plaisanterie mes amis. Grâce à ce sort, mes spécificités temporalistes restent un peu au placard. Je peux désormais m’exprimer comme vous le faites. Et nul besoin de pousser ce soupir de soulagement Seigneur guerrier. J’ai peu de temps avant que la nuit ne tombe. Vous avez vu ce qu’il advient de la forêt quand le Soleil se couche. L’oiseau est venu me voir, me prévenant de votre arrivée. J’avais envie de m’amuser un peu, mais je perds vite la notion du temps. Ce que vous cherchez est le présent que me fit Biss’naghar quand je l’ai rencontré par-delà le Grand Océan, en des terres oubliées de ceux du continent.

« Vous trouverez aisément l’objet dans les cavernes du grand chêne. Suivez-moi, je vous y conduit, ne perdons plus un instant, mon sort est de courte durée.

Ils emboîtèrent donc le pas à la suite d’Halkadim qui les mena jusqu’au cœur de la forêt. Ils étaient peu rassurés à l’idée que les arbres étaient vivants et n’attendaient que la nuit pour s’en prendre à eux. Même Habalorm semblait soucieux.

— Vous disiez que l’objet serait facile à trouver ? demanda le bûcheron.

— Il l’est. Mais le plus difficile sera de le prendre à son gardien, le terrible Keuteylhay, le démon marin à face de bigorneau.

— La vache ! J’en ai déjà entendu parlé ! s’exclama Nœil en blêmissant. C’est une belle saloperie celui-là. Qu’est-ce qu’il peut bien garder de si important pour nous ? Parce que si on pouvait l’éviter, ce serait peut-être pas plus mal…

C’est avec un regard d’une rare avidité que tous cinq accueillirent la réponse d’Halkadim.

— Un tapis volant.

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7 réflexions sur “La Compagnie des Bras Cassés (Episode 9)

  1. Un tapis volant, voilà qui est intéressant!!! Oui mais voilà il y a face de bigorneau!!! Que nous réserve ces nouveaux éléments, hum??? En tout cas je te tire mon chapeau de passé d’une histoire à une autre aussi aisément!!!

  2. de "passé"… ^^Vraiment une trouvaille le mage temporaliste ! Surtout sa façon de parler… ( Et quand il dit "ce que vous cherchez est le présent", etc., hihihi )

  3. Destabilisant au possible les temps multiples employés pour le type au pagne hé, hé! Trop bon. Et le démon à face de… bigorneau, fallait oser !On attend de savoir pour le tapis volant…. bonne continuation.

  4. C’est terrible cete façon de parler, alternant passé et futur. Vraiment destabilisant :)). Et je vois que tu vas encore nous créer un super monstre-de-la-mort mdrrr.Et puis s’il y a tapis volant, y a-t-il Shéhérazad ?

  5. Pingback: Semaine 29- La revue de Web « Agaboublog

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