Le petit garçon qui avait peur des lumières, la nuit

Edit : ce texte a été initialement mis en ligne le 18 octobre 2006.

Répondant à la demande de Dahud, voici un texte contant un de mes souvenirs d’enfance.

Il était une fois un petit garçon qui ne pouvait pas dormir les volets fermés.

Il avait si peur du noir que les lumières des réverbères qui illuminaient la rue, quelques étages sous sa fenêtre, le rassuraient quand la porte de sa chambre se trouvait close. Les faisceaux dorés des phares sur ses murs dessinaient des ombres amusantes, éclairaient son papier peint et les bateaux qui étaient imprimés dessus. Le petit garçon s’endormait alors paisiblement, protégé par les scintillements de la Fée Électricité qui veillait sur son sommeil.

Les nuits passèrent, sans qu’un seul croquemitaine ose affronter celle qui étouffait ses peurs d’enfant.

Vint le jour où le petit garçon se rendit avec ses parents dans un musée d’histoire naturelle. Les galeries se succédaient, avec leurs reproductions d’hommes préhistoriques, tout en poils et crocs proéminents, leurs bocaux emplis d’aberrations génétiques, moutons à deux têtes et autres abominations. Lors de la visite, il ne fut pas troublé par ce spectacle, émerveillé par les découvertes qu’il faisait au détour d’un couloir, à la vue d’une vitrine, ou en franchissant une porte.

Le jour s’en alla, le ciel revêtit son voile d’obscurité.

Le garçon, après quelques temps face aux images mouvantes du petit écran, finit par rejoindre l’abri confortable, douillet de ses draps. Il se tassa sur son matelas, ses peluches étalées par poignées autour de lui. Son Kiki à la queue arrachée, sa Panthère Rose, son nounours bleu à carreaux blancs, trônant au milieu de leurs compagnons de tissu et de mousse, nul ne manquait à l’appel. L’enfant souriait sous sa couverture. Juste au-dessus, son couvre-lit imprimé aux motifs d’une fillette qui, en fermant les yeux, devinait le merveilleux. Un rayon lumineux, pénétrant par la fenêtre éclairait ses jouets au sol, briques colorées et personnages bigarrés. Dans un coin, une petite chaise à bascule, un grand lapin bleu assis dessus. Pas très loin, son gros ours en peluche, presque plus grand que lui.

Il resserra les couvertures contre son corps, pour se réchauffer. Il entendait déjà l’appel du marchand de sable retentissant au loin. Une flûte qui jouait cet air si souvent entendu. Il contempla le mur en face de lui, les lumières dansaient entre les bateaux. Les reflets dorés se mouvaient sur le papier peint, prenaient des formes étranges, de plus en plus effrayantes.

Le petit garçon se blottit contre ses peluches, sans pouvoir détacher son regard des créatures d’ombre et de clarté qui se déployaient, menaçantes, sur la cloison subitement étrangère à sa mémoire. Leurs mâchoires aux crocs saillants, leurs corps grotesques se tendaient avec férocité et voracité vers lui. L’enfant tremblait sous ses draps. Il n’avait ni la force, ni la volonté de les remonter pour ne plus les voir. Il essaya de fermer les yeux, mais les monstres le poursuivirent dans l’obscurité de ses paupières closes. Les horreurs restaient silencieuses, mais leurs pattes griffues s’étendaient pour le lacérer.

Il hurla enfin et s’arracha à l’étreinte soudain si froide de son lit. Il ouvrit à la volée la porte de sa chambre et se précipita en pleurant jusqu’au salon où se trouvaient ses parents. Il leur expliqua de manière désordonnée qu’il y avait des monstres sur ses murs, ponctuant ses cris de larmes qui coulaient sur ses joues. Sa maman le raccompagna jusqu’à sa chambre. Le petit garçon voyait encore les créatures cauchemardesques qui le narguaient depuis leurs cachettes d’or et de ténèbres. Sa maman appuya sur l’interrupteur. La Fée Électricité quitta ses habits de Sorcière Obscure pour chasser les monstres du papier peint.

L’enfant regarda, effaré, le mur, qui avait retrouvé son aspect habituel, rassurant. Sa maman avait fait fuir les cauchemars de sa chambre, mais pas de son esprit. Maintenant il savait que la lumière de la nuit conduisait des abominations jusqu’à lui. De ce jour, il apprit à dormir avec les volets fermés, remparts contre ses frayeurs et les féroces prédateurs des murs. Il apprit à ne plus avoir peur du noir.

Le petit garçon qui avait peur des lumières, la nuit
Le 18 octobre 2006
Par Baldwulf

J’aimerais transmettre cette chaîne à Roanne, Syven, Anilori, Zordar et Alsem, s’ils souhaitent eux aussi partager des souvenirs de leur enfance..

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5 réflexions sur “Le petit garçon qui avait peur des lumières, la nuit

  1. Salut à toi Baldwulf !!!
    Superbe, effectiement ça rappelle des sacrés souvenirs !!!
    J’avoue que l’essai me tenterait bien mais il va vraimebt un petit creux dans mon planning qui soudainement affolé, hé hé hé !!!
    Enfin on va voir ça !!!
    Bien à toi et bonne journée !!!
    Adû

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