La Compagnie des Bras Cassés (Episode 2)

Edit : Cet article a été initialement publié le 3 novembre 2005.

La Compagnie des Bras Cassés

Épisode 2 : Où l’on retrouve nos héros (continuons à les appeler ainsi…) se livrant à leur plus grande spécialité

Vers l’Épisode 1…

Cependant, il était une activité dans laquelle nos quatre héros excellaient : sortir vivant des bagarres que leur ivresse provoquait immanquablement dans l’auberge. Ils étaient passés maîtres dans cet art…

Et c’est justement au moment où ils sont à deux doigts, un cheveux, une fraction de seconde de voir éclater cette inéluctable échauffourée que nous retrouvons nos héros. Juste à temps pour voir un couteau voler dans leur direction et se planter dans la table juste sous le nez de Qwar, cisaillant au passage un poil disgracieux qui s’exhibait hors de sa narine gauche. La lame s’enfonça dans la table d’un bon pouce en vibrant d’un « schtouingue » des plus sonores. Tous les regards se braquèrent instantanément sur la table du quatuor le plus célèbre de tout le village. Hoops paraissait hébété par l’événement. Ah non, désolé, c’était son état naturel. Par contre si Resei avait pu hurler de peur comme savent si bien le faire certaines femmes, croyez-moi qu’il l’aurait fait. Mais il se contenta de mouiller sa robe de magicien. Nœil , malgré sa cécité partielle, fut le seul à avoir la présence d’esprit de jeter un œil, c’est le cas de le dire, dans la direction d’où était parti le couteau. Un homme se tenait dans l’ombre, assis derrière une table à côté d’une des fenêtres. Il portait un manteau sombre, le capuchon rabattu sur son visage, et seule une pipe dépassait des ténèbres qui dissimulaient ses traits.

Nœil emmena dans son sillage ses trois comparses et une forte fragrance de vin de mauvaise qualité. Il se planta devant l’homme, le regardant les yeux droits dans les yeux. Ou plutôt, pour être rigoureux, l’œil dans les yeux, ce qui lui permettait de ne pas loucher. L’auberge entière retint son souffle. À l’étage, dans une des chambres miteuses, sans savoir ce qui se passait dans la salle principale, un couple en fit de même tant la tension était palpable à des lieux à la ronde. On prétend encore que c’est à ce moment que le doyen du village retint son dernier souffle, et que c’est ainsi qu’il conserva son statut.

Mais revenons à nos héros.

L’homme au manteau sombre restait impassible. Seul signe de vie chez lui, l’herbe qui rougeoyait dans sa pipe lorsqu’il tirait dessus. On entendait seulement le clapotis des gouttes qui tombaient dans la flaque aux pieds de Resei. L’haleine méphitique, Nœil s’adressa à l’homme, de la voix assurée de l’ivrogne.

— Eh toi ! L’étranger ! Tu te prends pour qui pour oser défier ainsi les pourfendeurs de Zorglabak l’acarien géant ! Nous sommes le fléau des nourrissons trolls, le croche-orteil des dragons nains, ou quelque chose qui ressemble à ça. Nous sommes le poil à gratter dans la barbe des nécromanciens, le dégueulasse goût de bouchon dans le vin de l’auberge ! Et toi tu viens comme ça avec ton petit couteau et ta pipe et tu crois nous faire peur ! Tu vas prendre tes cliques, tes claques et tes cloques et débarrasser l’horizon que contemple mon œil !

C’est fou ce que l’abus d’alcool peut vous donner comme inconscience, même si notre ami aurait plutôt appelé ça du courage. Car le détail que j’avais omis de préciser, c’est la corpulence de l’inconnu. Détail qui ne risquait pas de sauter à l’œil du barde, puisque sa vision monoculaire ne lui permettait que peu d’apprécier les proportions. En tout cas l’homme aurait pu se faire passer pour un troll, mais avec une pipe et un manteau à capuchon. Une vraie montagne qui restait de marbre face au barde éructant.

— Et en plus il répond pas l’animal ! ajouta Nœil à la cantonade, en arrosant généreusement ses voisins d’immondes postillons glaireux. Tu as entendu parler de nous et t’as peur ! C’est ça ! Hein !

Et le barde de se taper sur les cuisses en riant. Sans se rendre compte qu’il venait par inadvertance de mettre son coude dans le nez d’un client, parfumeur de son état, qui perdait par là son unique instrument de travail. Mécontent, il répliqua instantanément, d’une magnifique et magistrale droite qui mit à terre Nœil. Il n’en fallait pas plus pour déclencher une zizanie généralisée dans l’auberge.

À quoi bon rentrer dans les détails. Il y eut des coups, de la poussière, du sang, des cris de rages, de douleur, d’agonie, des tables renversées et des cruches de ce vin indicible brisées, des tabourets fracassés contre des dents, des hématomes à ne plus pouvoir les compter, et pendant tout ce temps l’inconnu restait immobile sur sa chaise, fumant sa pipe comme s’il regardait un quelconque spectacle.

Quant à nos héros, comment s’en sortirent-ils cette fois-ci ? Avec leur méthode favorite, dite de la poudre d’escampette. La recette en est simple. Prenez une bande de quatre héros en piteux état, relativement bien amochés, et mettez-les en rangs d’oignon. Attrapez le magicien sourd-muet par les épaules et faites lui comprendre du mieux que vous le pourrez qu’il est temps pour lui de faire montre de son incommensurable pouvoir. Regardez les clients de l’auberge éternuer comme des damnés alors que le poivre se répand peu à peu jusque dans le moindre recoin et esquivez-vous discrètement au milieu du remue-ménage général, avant de vous retrouver au dehors et de vous esclaffer avec allégresse et soulagement. Naturellement, à servir frappé !

Ce qu’il y a de bien avec cette recette (pour nous, pas pour nos héros…) c’est qu’une fois prête et le plat servi, il y a toujours des aléas qui viennent se greffer par dessus. Ici, en l’occurrence, l’aléa ressemble fort à un troll en long manteau noir, un capuchon sombre rabattu sur le visage, et qui les domine de deux bonnes têtes, les poings sur les hanches, la silhouette se découpant sur la draperie nocturne comme une menace…

Épisode 3

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9 réflexions sur “La Compagnie des Bras Cassés (Episode 2)

  1. Y ‘ a de l’ambiance dans cette auberge !! Et attends qu’ils mettent de l’ambiance dans les forêts, les donjons, les cavernes de dragons…

  2. Mdr, Roanne te fait savoir qu’elle refuse de tels acolytes dans sa taverne, non mais ! (sauf s’il payent bien, car vu la descente…) Mais comme tu l’as remarqué, la technique de la Poudre d’Escampette permet :1) de fuir le combat2) de se marrer un bon coup3) de ne pas avoir à régler l’addition !D’un autre côté, l’aubergiste leur est pas encore tombé dessus… Et j’ai entendu des rumeurs annonçant qu’ils prévoyaient d’aller fêter la Mort-Thomb l’an prochain… Que Roanne prenne garde !!! ^_^

  3. Pour une soirée animée, on sait où aller! Je t’enverrai l’adresse du Coupe-Jarrets (mais je te préviens, il y a un peu de route interdimensionnelle à faire pour s’y rendre…). Mais c’est ambiance garantie avec DJ Bobo les soirs de rixes, avec sa célèbre chanson "Prends-toi ça" …

  4. de l’action , de l’humour , j’aime beaucoup le nom des protagonistes de cette histoire , trés sympa , vraiment!!! je vois que tu as pas mal de cordes à ton arc tu arrives aussi bien à nous distraire avec tes récit épiques que nous émouvoir avec tes chants , merci pour tout ça… 😉 Pour les cordes à mon arc, je dois reconnaître qu’un certain Zordar m’a obtenu une super promo chez Elfe-Loup… Du coup, j’ai un sacré stock !!! ;-)En tout cas, je suis heureux que cela te plaise ! 😀

  5. la suite, la suite, plus ça va et plus je trouve ta façon d’écrire passionnante ( et je pèses mais mots) au début l’inconnu dans l’ombre avec un pipe qui ne bouge pas, ça m’a fait penser à un film, mais je ne vois vraiment pas lequel…. Et pourtant… Tu verras à l’épisode 3, quand l’inconnu se présentera je pense que tu verras clairement la référence ! Toute ressemblance avec une scène d’une célèbre trilogie cinématographique de fantasy est totalement, mais alors là totalement, volontaire !!! 😀

  6. j’ai décidé de commencer par ta compagnie des bras cassés car pour l’instant,xa a l’air bien drole et j’espère que xa va me remonter le morale!je m’attaquerai à l’éclat de mithriel ensuite(excuse si j’écorche l’horthographe,je suis pas sure de mon coup là)mais en fait,je sais plus ou je m’étais arretée alors je vais reprendre depuis le début!lol!

  7. Bon, ok, puisque je suis reconnue j’arrête de me planquer derrière mon autre pseudo lol. Si tout se passe bien, Roanne ne sera plus à la taverne de Niwerand l’an prochain, mais vu sa stature, je crois qu’il faut pas trop ennuyer le patron. Surtout qu’à la nuit tombée les portes du bourg sont fermées et les mauvais payeurs coincés comme des rats ;). Là tu fais du spoil sur ton propre récit… Il y a du teaser dans l’air !!!   🙂

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