Glen Cook, sa Compagnie et ma Larme Noires (partie 2 – Jeux d’ombres)

Deuxième article sous forme de chronique de lecture mêlée à une bafouille sur la réécriture de La Larme Noire. Hier, c’était du positif, des pistes sur ce qu’il faut que je fasse pour rendre mon premier jet éditable. Aujourd’hui, changement de ton.

Attention : spoilers inside !

Glen Cook, je l’ai encensé tout du long de mes trois retours suite à la lecture du premier arc de sa Compagnie Noire, baptisé les Livres du Nord. À la base, les aventures de Toubib et ses compagnons d’infortune devaient s’arrêter là. Mais voilà, la demande a été forte et l’annaliste de la Compagnie a repris du service avec ce Jeux d’ombres, qui ouvre les Livres du Sud.

J’ai déjà vendu la mèche, j’ai beaucoup beaucoup moins accroché sur cette première partie contant le périple de Toubib et de la poignée de rescapés de la Compagnie vers le sud, en direction de Kathovar. Retour aux sources en remontant le cours du temps au travers des villes où la Compagnie est passée au fil des siècles. Sur le papier, le propos est alléchant. Dans les faits, il l’est moins.

Déjà, la première centaine de pages n’est pas bien palpitante. Entre le trajet sans trop de heurts de la Compagnie et les passages servant à nous présenter de nouveaux personnages secondaires dont on se doute qu’ils croiseront le chemin de notre poignée de survivants, on s’ennuie quelque peu. Le pompon se révélant être la traversée de la jungle de D’loc-Aloc, censée durer deux mois, qu’on nous présente comme potentiellement pénible. Sauf qu’à la page suivante, hop deux mois d’écoulés, on est sorti. D’accord, les seuls risques réels étaient les moustiques et des femmes très entreprenantes, mais quand même, on se sent un peu lésé quand on nous parle des « milliers de kilomètres de jungle » à traverser en quatrième de couverture.

Après, ça s’active un peu. La traversée du fleuve sur la péniche fortifiée nous rassure. Et nous effraie un peu quand on découvre la nature de l’ennemi et celle de l’allié providentiel. Grand moment what the fuck quand on nous refait le coup des Asservis revenus d’entre les morts. Et ce n’est que le début comme on s’en rendra compte par la suite.

À partir de là, c’est un peu du n’importe quoi quand même. Toubib monte une armée inexpérimentée, mais parvient à rétamer des armées certes peu professionnelles, mais prêtes à aller à la guerre puisque préparant leur invasion. Les Maîtres d’Ombres qui font qui tous le monde mouille ses chausses ne représentent pas une menace si terrifiante une fois sur le terrain. Bref, déception. Le final rattrape un peu le coup, mais c’est bien maigre.

Et le pire, c’est que j’ai même trouvé que le style d’une fluidité exemplaire dans les trois premiers volumes était devenu un peu poussif par moment.

Certes, l’ensemble reste dans la moyenne des récits de fantasy (je lui ai mis 6/10 sur Livraddict), mais après le premier arc formidable, les attentes étaient énormes. J’ai quand même bien aimé les passages où Toubib joue les grands pontes tellement le décalage est savoureux.

Qu’est-ce que j’en tire pour ma Larme Noire ?

Soyez prévenus, on va enfoncer quelques portes ouvertes, mais bon ne perdons pas de vue le côté pense-bête de l’exercice.

Déjà, ne pas rendre la menace trop imprécise. Ici, il y a peu d’enjeu pour les principaux protagonistes. Leur seul motivation à s’enrôler et à monter une armée est de s’ouvrir un passage vers le sud et Kathovar. Comme si notre poignée de rescapés ne pouvait pas réussir à passer les lignes ennemies autrement après tout ce qu’ils ont accompli par le passé… Vu que Gobelin et Qu’un-Œil sont encore du voyage, ça aurait dû être suffisant. Dans mon récit, la menace n’est jamais vraiment explicite. J’avais prévu de la mettre en place d’entrée et cette dernière lecture conforte que c’est nécessaire. Un manque d’enjeux démobilise le lecteur. Et dans un feuilleton, le mot d’ordre est de tenir en haleine.

Rester cohérent avec ce que mes personnages ont pu accomplir dans des circonstances à peu de choses près similaires plus tôt dans le récit. Le point levé ci-dessus l’illustre bien. S’ils ont pu réaliser certains faits auparavant et que rien ne suggère qu’ils ne sont plus capables de le faire, pourquoi ne le font-ils pas ? Par exemple, quand mes chevaliers sont accusés de maltraiter des mendiants, pourquoi ne s’en prennent-ils pas avec davantage de violence aux détenus qu’ils sont en charge d’encadrer par la suite ? J’espère quand même ne pas trop avoir failli en la matière.

Avoir une adversité charismatique. Les Maîtres d’Ombres ne font pas trembler un seul instant. Les scènes où on les voit dans leur tour ténébreuse les rendent même à la limite du risible, à des années lumières de ce que représentaient les Asservis dans la trilogie originelle. On a l’impression de voir une caricature de Dark Evil One tant ils sont pétris de clichés. À garder à l’esprit pour La Larme Noire. Mon « grand méchant » est trop risible. Sa première scène où il est assis tout seul sur son trône en os au milieu de nulle part, en y repensant, c’est quand même un peu ridicule, va falloir sérieusement rendre ça moins caricatural.

Sûrement d’autres leçons à tirer de ce roman, mais que je m’en tienne déjà à ces trois-là (et à toutes les autres déjà évoquées précédemment) et mon texte n’en sera que meilleur.

Maintenant, je poursuis sur ma lancée avec le second tome des Livres du sud : Rêves d’acier. Pour le moment, ça me plait déjà davantage. D’autres ont été aussi déçus que moi par ces Jeux d’ombres un peu insipides ?

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s