Où le Projet CF repointe le bout de son nez

Pour faire suite à mes tergiversations d’hier, et histoire de proposer un peu de contenu inédit (ouais !!!), aujourd’hui ce sera un extrait de Passé en otage, début de roman cyber-fantasy commis durant le NaNo 2009. C’est LE projet qui m’attend une fois que la Larme Noire aura connu son point final et ne risquera plus d’empiéter sur ma concentration.

Dans ce passage réapparait un de mes personnages fétiches : l’assassin An Anaon, « héros » de la nouvelle du même nom (à lire dans Itinéraires #3). Pas de blabla, je vous laisse à votre lecture !

Siège du Gouvernement Hégémonique Mondial, Olympus Island, 98e jour de l’année 2307

Le garde n’avait pas eu le temps de prononcer un seul mot avant de s’effondrer, un deuxième sourire béant sur sa gorge. L’entaille était profonde, tranchée avec rage. Aussi silencieux qu’une ombre malgré la haine qui l’habitait, l’assassin avança dans le couloir aux dalles synthétiques, d’un rouge agressif. Sa silhouette maladive se détachait sur les murs, un filigrane mortel.

Il lui avait fallu du temps pour préparer son infiltration dans le complexe le plus sécurisée au monde. Entrer en contact avec les meilleurs hackers n’avaient pas été bien compliqué, son réseau étant très étendu. On n’était pas un tueur à gages aussi renommé sans que les personnes qui vous étaient redevables soient nombreuses. Parmi celles-ci, les chefs yakuzas étaient légion. Il avait pu réunir cinq des pirates les plus talentueux pour percer les protections du siège du G.H.M. et situer la pièce où il retenait la jeune femme captive. Et maintenant An Anaon était dans la place, à proximité de celle qu’il venait libérer.

L’assassin était d’une minceur extrême, presque cadavérique. Ses traits ne permettaient pas au premier abord de décider s’ils étaient masculins ou féminins. Et pour cause. La nature, capricieuse ou moqueuse, lui avait offert les attributs des deux sexes, le faisant naître hermaphrodite. Toute sa vie, il avait essuyé les quolibets et la haine des autres face à sa différence et à sa faiblesse apparente. Sa volonté et divers implants cybernétiques en avaient fait le plus redoutable des tueurs à gages.

Ses employeurs, des Voyageurs du temps dissidents, n’avaient eu aucun mal à le convaincre de se joindre à eux. Pour une telle mission, il aurait même travaillé à l’œil. Heureusement, il lui avait proposé davantage qu’un simple salaire. L’assurance d’être en sécurité et de se voir offrir une nouvelle vie au cas où leur plan échouerait. Avec ces garanties, l’assassin avait accepté sans hésiter. Les missions de libération n’étaient pas dans ses habitudes. On ne l’avait pas surnommé la Faucheuse, dans une époque passée, pour rien. Il donnerait le meilleur de lui-même pour libérer la jeune femme. Tout ceux qui se dresserait entre eux seraient éliminés.

De toutes les étapes délicates de son infiltration, celle à venir serait la plus ardue. Franchir la dernière porte. La porte qui était gardé par trois trolls intégralement câblés et muselés par une puce de contrôle comportemental. Le tueur à gages se plaqua contre le mur. Il n’aurait qu’un instant pour agir avant que les créatures n’entrent à leur tour en action. L’androgyne exacerba la perception qu’il avait de son organisme. En combinant ses implants cybernétiques et les exercices de concentration qu’il avait élevés au rang d’art au cours de son existence, il parvenait à une pleine connaissance de son être, de chaque particule, naturelle ou synthétique, qui le composait. Il n’avait pas besoin de toucher le katana glissé dans le saya en travers de son dos. Il le sentait frémir contre son échine. L’arme millénaire et lui ne faisaient qu’un. L’assassin saisit la poignée lassée de soie dans sa main gauche. Sans un seul bruit, il fit glisser le sabre hors de son fourreau. De la droite, il se saisit du wakizashi qui complétait son daishō. Les deux lames vibraient d’un chant silencieux que lui seul pouvait entendre. Elles étaient prêtes à l’accompagner au combat. L’androgyne prit une ultime inspiration et jaillit dans le couloir.

L’ange de mort fondit sur le plus proche des trolls. Son katana lui trancha une jambe tandis que la lame du wakizashi traversait le visage du second troll et ressortait par l’oreille. L’assassin se redressa dans le même geste, son corps répondant sans hésitation aux impulsions de ses câblages de rapidité. La première créature touchée se roula au sol, grognant de douleur. Le dernier cerbère se tourna vers l’assaillant, surpris par cette irruption sanglante. Quand le katana fendit une nouvelle fois l’air, il se protégea de son bras et la lame mordit dedans, tranchant net chair et os.

Le troll rugit et abattit son second poing sur l’androgyne. L’adrénaline et ses prothèses le rendaient plus rapide qu’il ne le paraissait au premier regard. Alors que l’assassin tentait d’esquiver, la gigantesque main frappa son épaule, le faisant chanceler sous l’impact. Il posa le genou au sol. Du coin de l’œil, il constata que sa situation ne s’améliorait pas. Le premier troll essayait de se relever, tandis que sa jambe se reformait au bout du moignon sanguinolent.

Le tueur à gages déglutit. Les choses ne se déroulaient plus comme prévu. Nulle information n’avait filtré sur les modifications génétiques des trois derniers gardiens. S’il avait su qu’on leur avait implanté de l’A.D.N. d’Hydre. Un bref regard sur celui qui avait le wakizashi planté dans le visage l’assura qu’au moins un des trolls ne se relevaient pas.

Son épaule était douloureuse après le coup qu’il avait reçu. Il sentait du sang couler le long de son omoplate. Sûrement une fracture ouverte. Il commanda mentalement une décharge d’adrénaline à son organisme.

Les deux cerbères survivants, qui récupéraient de leurs amputations respectives à vue d’œil, approchaient de l’assassin. Il paraissait soudainement chétif face aux deux masses musculeuses. Il se redressa en reculant de deux pas, serrant la poignée de son katana bien plus fort que nécessaire entre ses mains. En voyant l’une des énormes masses à cinq doigts s’abattre vers un bouton d’alarme, au mur, il ne réfléchit pas plus d’une fraction de seconde. Il jeta son arme comme une lance. La larme traversa la main du troll en la déviant de sa trajectoire. Le sabre finit planté dans le mur, tirant en arrière et bloquant le bras de la créature. Son comparse marqua un instant de surprise. Tout s’était passé un peu trop vite pour lui.

Sans lui laisser le temps de comprendre, l’androgyne bondit sur lui, enserra sa tête entre ses bras malingres mais d’une force surnaturelle. D’un simple geste, il brisa net la nuque du garde. Le corps ne s’était pas encore totalement affaissé qu’il s’en était dégagé. Tout comme le dernier troll l’avait fait avec le katana. Il tenait maintenant l’arme en main, maladroitement, mais une simple rencontre avec la lame affûtée à l’extrême serait fatale.

L’assassin, d’une simple impulsion mentale, libéra les dix lames qui étaient implantées sous ses ongles. Chacune mesurait un pouce de long. Pas assez d’allonge si son adversaire se montrait plus rapide que lui. Dans le cas contraire, il aurait le dessus sur le Résurgent. Le poison que relâcheraient les griffes métalliques l’achèverait. Le moindre muscle d’An Anaon était prêt pour passer à l’action. Le troll poussa un cri féroce et chargea. L’androgyne esquiva sans difficulté l’attaque et lacéra le dos de la créature. Un rugissement de douleur répondit à l’apparition des cinq traces profondes et sanglantes. Un instant plus tard, le dernier gardien encore debout s’effondra face contre terre, la bouche écumante.

An Anaon regretta de ne pas avoir emporté de substance inflammable pour se débarrasser des trois cadavres qui risquaient de se régénérer à tout moment. Il ne perdit pas un instant. Il récupéra son daishō et ouvrit la porte grâce au code qu’un des hackers avait piraté. Il se retrouva face à une jeune femme d’une vingtaine d’année, d’une étrange beauté. Ses traits possédaient une grâce surhumaine. Son corps aurait atteint une perfection au-delà de l’entendement si deux ailes écailleuses, d’un rouge sombre, ne s’étendaient dans son dos. Des écailles de la même teinte formaient des plaques sur son visage, dans son cou, sur ses cuisses. Son cuir chevelu laissait également entrevoir des plaques squameuses, bleues turquoise. Ses yeux avaient des iris doré, deux larmes verticales sur lesquelles se refermaient deux paires de paupières, comme chez les reptiles. Un croissant de lune écarlate, formé de corne, se détachait sur le front de la jeune femme. La marque de naissance des Clairvoyants. Elle se tourna vers l’assassin.

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