Etre son plus mauvais lecteur (ou du changement de cap…)

Aujourd’hui, je me suis livré à une légère introspection concernant la nouvelle que j’ai débutée durant le NaNoWriMo.

Initialement destinée à l’appel à texte Révolution de Mots et Légendes, Passé en otage quitte la course ce mercredi. Non pas parce que je l’abandonne (arrivant à 80 000 secs ce serait un sacré gâchis), mais simplement parce que mes personnages se sentent à l’étroit dans ce format de texte. Après mûre réflexion, je trouve que trop d’éléments sont sous-exploité et ne justifient pas par conséquent leur intérêt à ce niveau du récit. A commencer par le décor d’une bonne partie de l’histoire, la Venise de la fin du XVIe siècle. Rien ne justifie réellement d’ancrer l’intrigue à ce moment précis de la vie de Giordano Bruno, guest star historique du récit.

Je pourrais tout aussi bien faire intervenir mes personnages en amont de son séjour vénitien, le récit resterai plausible. Seulement, les événements survenant à Venise sont déterminants dans son exécution future, et il faut que je renforce la nécessité de placer la récit à ce moment, tout en développant davantage ce cadre magnifique.

Suite à mes réflexions, plusieurs développements potentiels fleurissent et je trouve que le récit actuel fait un peu trop juxtaposition de scènes clés par moment. Ces scènes me plaisent bien, mais il leur manque encore du liant pour les rendre plus intéressantes, plus ancrées dans une vaste intrigue à tiroirs.

Et puis je manque cruellement de recul sur ce texte encore inachevé pour envisager des coupes de toute façon ! Avec quelques semaines (mois ?) de recul, ça pourrait peut-être le faire, mais en trois semaines, c’est mission impossible ! Je suis trop dedans, enfermé dans sa version initiale telle que je voulais la modeler. D’autant que, comme je le dis plus haut, mes personnages réclament plus d’espace pour vivre !

Dernière chose, avec le peu qu’il me reste, la partie « révolution » à proprement parler risque d’être réduite à peau de chagrin, un comble par rapport à la thématique attendue !

Ce texte est aussi l’occasion pour moi de retrouver ce cher An Anaon, un de mes personnages fétiches aux côtés de Baldwulf ou Nickolah Dothiriel. Et lui aussi a besoin de se créer un peu plus de place dans la nouvelle.

C’est donc vers une novella, voire un roman, que je me dirige désormais. Cette première version en fait un excellent synopsis, hyper détaillé. Tout débutera plus tôt que c’est le cas ici, permettant de mieux connaissance avec le principal personnage : Victor Kovakk, Voyageur Temporel.

Cette nouvelle étant désormais libre de toute participation, je peux vous en dévoiler l’actuel incipit pour vous faire une idée de la bête.

Bonne (courte) lecture !


Journal de bord

Le voyage s’est bien passé cette fois-ci. Par bien, il faut comprendre qu’il ne semble pas y avoir eu d’impondérable flagrant. Comme la fois où je m’étais retrouvé à Londres en plein bombardements allemands à cause d’une erreur de réglage. J’aurais dû y arriver la veille, mais c’était sans compter sur l’inexpérience d’un de mes nouveaux collaborateurs du moment. Du coup, ça fusait un peu partout autour de moi, ça hurlait, ça mourrait. Et moi au milieu de ce carnage, je ne savais plus ou me mettre pour me protéger. Si cela était possible.

Heureusement, le Grand Superviseur, Ned de son prénom, avait vite pris conscience de
la situation désespérée qui était la mienne et m’avait rapatrié illico dans le présent. J’avais subi de nombreuses blessures sans gravité, quelques éclats de métal avaient eu la lumineuse idée de choisir mes bras et mes jambes comme terrain de jeu. Rien que quelques heures en cuve de régénération ne puissent faire disparaître.

Les progrès du voyage dans le temps étaient rapides, mais cette science était trop neuve encore pour être totalement fiable. Mes quarante collègues disloqués ou perdus quelque part dans le fil de l’Histoire en constituaient le témoignage le plus évident. Leurs portraits s’alignaient dans la salle des départs. Leurs visages souriaient naïvement alors qu’ils étaient sur le point de commettre la pire connerie de leur existence.

Voyager à travers le temps. Voilà bien une idée saugrenue qui ne pouvait venir que de l’homme. Les Résurgents en posséderaient le monopole s’ils l’avaient souhaité. La Magie faisait partie intégrante de leur nature. La technologie ne leur aurait pas été nécessaire pour accomplir des sauts temporels. Du moins était-ce ma pensée. J’aurais bien imaginé un Clairvoyant capable de telles prouesses. Ces dragons télépathes et
chronomanciens devaient bien posséder la clé du voyage dans le temps. Cependant, ils n’avaient pas vécu suffisamment longtemps après l’Eveil pour nous transmettre leurs connaissances sans limite.

Encore une preuve de la folie décadente des hommes. Asservis par tous ceux qui souhaitaient briguer un pouvoir somme toute éphémère, les Clairvoyants avaient préféré se laisser mourir que de rester des esclaves. Le dernier d’entre eux s’était éteint dix ans avant la découverte de la théorie qui avait rendu possible le voyage temporel. Mon père avait pratiquement assisté à la mort du dragon.

Les bouleversements culturels qui avaient suivi le premier aller-retour dans le passé continuaient à faire naître de nouvelles ramifications chaque jour depuis trois ans. Trois ans, et quelques deux mille voyages tentés, dont les trois quarts au dénouement plus ou moins tragiques. ChronoCorp avait fait main basse sur ce principe quantique que je ne parviendrais jamais à comprendre totalement, alors que les essais ne connaissaient toujours pas de régularité dans leurs succès. Le mégatrust avait lancé la commercialisation d’appareils pour naviguer entre les époques bien trop tôt. En avait résulté un nombre impressionnant de disparitions chez les usagers des produits de ChronoCorp. Sur un vote unanime des membres du Gouvernement Hégémonique Mondial, la corporation avait été démantelée et l’intégralité de sa production retirée de la vente et détruite.

Les voyages dans le temps devinrent l’affaire de professionnels mandatés par le G.H.M., des professionnels comme moi, Victor Kovakk. Notre rôle ? Le passé ne semblant pas pouvoir être modifié, du moins notre éthique nous l’interdit-elle, nous nous contentons de le visiter, de l’observer, de consigner par écrit tout ce qui est manquant dans l’Histoire Officielle. Ou de corriger ce qui y est erroné. Autrement dit, nous traquons les poussées de magie au travers des époques.

Cette nouvelle mission dans le temps est l’occasion pour moi d’ouvrir ce journal de bord et laisser une trace de mon travail, au cas où le G.H.M. déciderait du jour au lendemain de tout laisser tomber, les Voyageurs en premier lieu. Les rumeurs de ces dernières semaines ne sont pas très rassurantes.

L’heure tourne et je dois cesser de mnémographer, si je ne veux pas rater mon rendez-vous.

PS : Un grand merci à Scylliane/Elvys et Guillaume, pour leurs précieux commentaires sur le début de ce texte ! Ce sera un grand plaisir pour moi que de vous renvoyer l’ascenseur en bêta-lisant vos textes ! 😉

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4 réflexions sur “Etre son plus mauvais lecteur (ou du changement de cap…)

  1. Je garde ton site sous le coude pour revenir en savoir plus sur la cyberfantasy. Je suppose qu’il est préférable que je reste pour le moment ignorant de ton monde, pour pouvoir te dire s’il y a des références incompréhensibles pour le profane.
    Bonne chance pour la suite!

  2. Salut Maître Barde,
    L’extrait ici est très alléchant, et pas mal de bonnes trouvailles y figurent. N’ayant pas eu l’occasion de lire ta nouvelle, je peux néanmoins dire que si tu trouves toi-même que confiné dans un thème et une limite de signes, le texte perd de son intégralité. Et bien ça ne peut être qu’une bonne décision que de le laisser grandir librement vers sa maturité 😉

  3. La novella, c’est vraiment une bonne solution, un compromis extra, quand une nouvelle se révèle un cadre trop étroit, sans pour autant obliger l’auteur à se retrouver embringué dans un projet plus lourd de roman.
    Bon courage en tout cas pour définir la façon dont tu vas faire évoluer ce texte !

  4. Oulala … Que cela paraît bien ! On en veut encore ! Sage décision de convertir cette histoire dans quelque chose de plus long. Tu penses à tes lecteurs c’est bien :). Et puis Venise est une ville qui me fait rêver. J’y ai passé quelques jours, et l’insipiration ne peut être qu’au rendez-vous avec cette cité. Bon courage pour la suite !

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